Quelque chose pour s’évader

 Elle supporte la double journée, une partie comme secrétaire et l’autre comme mère et ménagère, grâce à des comprimés de diazepan qu’elle cache dans son sac. Aucun médecin ne les lui a prescrits. Elle a trouvé par elle même le chemin vers la paix, en essayant plusieurs médicaments. Ce n’est qu’avec l’effet produit par une dose – chaque jour plus élevée – qu’elle supporte les réunions du Parti Communiste, les files d’attente pour la nourriture et les besoins alimentaires de sa famille. 

 Elle a commencé par les acheter à un voisin qui volait des produits dans l’entrepôt pharmaceutique où il travaillait. Elle a essayé le chlordiazépoxide et l’amitriptyline, qui lui permettaient de dormir la nuit et de sourire quand le bus arrivait avec une demi-heure de retard. Suite à une action gouvernementale contre le marché illégal de médicaments, le fournisseur est allé en prison et elle s’est retrouvée sans les sédatifs dont elle avait besoin. Peu de temps après, un nouveau pourvoyeur est apparu, mais cette fois-ci avec des prix plus élevés.

 Personne dans la famille ne veut se rendre compte que la mère est toujours dans les nuages, affichant une étrange expression de béatitude, même face aux pénuries et aux problèmes. Son évasion est plus discrète que le fracas de son mari qui rentre ivre à la maison tous les soirs, en titubant. Tous les deux ont choisi de fuir, chacun avec les moyens du bord : lui, avec de l’alcool à 90º, distillé par des mains habiles ; elle, avec une pilule qui lui fait oublier sa propre vie.

 Les enfants ne misent pas non plus sur cette réalité. Ils préfèrent caresser le rêve de s’évader, mais d’une façon plus réelle, plus définitive. Sous le lit, ils rangent un moteur à moitié assemblé, qu’ils feront ronronner au mois d’août, dans le détroit de Floride. La mère ne parviendra pas à s’inquiéter : une double dose de diazépam l’empêchera de se torturer l’esprit en pensant aux requins, à l’insolation et à la longue séparation qui les attend. 

 Traduit par Susana Gordillo et Marc Lafouge.

Une réflexion au sujet de « Quelque chose pour s’évader »

  1. Cette description de la fuite interieure est tres bien expliquee, j’ai tres souvent ressenti ce malaise derriere cette joie de vivre (ou de survivre) derriere ces sourires,derriere le silence des enfants a l’heure des repas(quand normalement l’estomac gargouille)ils restent toujours en silence.merci pour vos ecrits j’adore vous lire.et BRAVO pour votre courrage.Momo.

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