De la paranoïa au cri

 

Vendredi soir après la libération de Gorki, alors que nous étions sur le point de partir de chez lui, celui-ci a demandé à Lía si elle était allée à la plage. Il s’est passé tant de choses qu’il n’est pas possible de raconter ces quatre derniers jours en deux heures ; du coup, Gorky ne savait pas encore que nous étions à l’extérieur du tribunal depuis huit heures du matin, que le soleil nous avait brulé toute la journée, que nous avions pris la pluie deux fois. Il ne savait pas que nous étions tous là : les diplomates, la presse et nous. Je dis « nous » car avant cette journée là, nous ne nous connaissions pas tous, c’était tout simplement « nous » : ceux qui étions là.

J’écris cette note car je voudrais partager cet acte de solidarité que des artistes et des non-artistes (comme moi) avons réalisé pour Gorki, et pour nous-mêmes. Quand je parle d’ « artistes », je veux dire des artistes plastiques, des peintres, des écrivains… mais pas les musiciens car je n’en ai vu aucun, même pas les plus undergrounds de l’underground.

Mes amis m’appellent « la paranoïaque ». Celle qui vit avec la peur, celle qui n’ouvre pas les fenêtres, celle qui ne parle jamais politique à haute voix. J’ai peur du noir. Après 22 heures, je ne sors pas toute seule, pas même pour aller jusqu’au coin de la rue. Mais je n’avais jamais autant peur que ce lundi (et la peur n’est pas encore partie).

Cependant, le fait d’avoir rencontré des personnes comme Yoani, de la voir à côté de moi avec cette banderole à la main, d’avoir parlé avec elle au téléphone deux ou trois fois, tout cela poussée par la foi. Nous voir, nous tous en train de soutenir Gorki, Ciro, Renay et Hebert. Voir mes amis résister et aller au delà de leur peur et de leurs doutes. Voir les amis de l’étranger remuer ciel et terre. Surtout, avoir réussi tous ensemble à transformer une peine de quatre ans en quatre jours. Tout cela me semble encore un miracle.

J’ai de la peine pour ceux qui ne m’ont pas appelé, pour ceux qui m’évitent depuis, au cas où je leur demanderais de l’aide. J’ai de la peine pour ceux qui ont dit oui et ne sont jamais venus. Je regrette qu’ils n’aient pas vécu la joie de cette fin, la sensation d’avoir réussi l’impossible.

Je pense qu’aujourd’hui nous avons marqué un tournant du « on ne peut pas » en « on peut ». Nous avons démontré que les choses peuvent changer, que l’injustice et l’abus de pouvoir peuvent s’arrêter et que la peur n’est PAS infaillible. 

Claudia Cadelo De Nevi.

Traduit par Susana Gordillo et Pierre Haberer.

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