Cachita

Ma grand-mère cachait ton image à l’intérieur de son soutien-gorge, pendant que ma mère se cachait encore derrière le masque de l’athéisme. Les filles de la maison avons appris à te vénérer sans même connaître ton nom, éblouies devant la splendeur de ta cape dorée. Avant de savoir comment tu t’appelais dans une religion ou l’autre*, nous t’appelions tout simplement Cachita*.

Tu es le seul point sur lequel les cubains tombent d’accord. Tu réussis à réunir autour de toi ceux qui t’ont prié en privé pour ne pas aller à l’église pendant les années de la fureur antireligieuse, tout comme ceux qui, comme moi, ne savent pas si pour se signer il faut toucher d’abord l’épaule gauche ou la droite.

Aujourd’hui,** nous devrions faire comme les années précédentes. Nous devrions acheter des tournesols et promener ton image dans les rues centrales de la ville. Mais l’ouragan Ike a assombri ton jour de fête*. Les alentours de la baie de Nipe, où on a trouvé ton image il y a 396 ans, sont sous les vents et les pluies. Ce jour, une prière intense est montée de tous les foyers de l’île : « Libère nous du mal et couvre avec ton manteau protecteur notre terre assolée ».


Notes de la traduction:

* Cachita : À Cuba, on appelle familièrement « Cacha » ou « Cachita » les femmes prénommées « Caridad » (Charité). Yoani parle ici de la Vierge de « la Charité du Cuivre», Sainte Patronne de Cuba. Produit du syncrétisme religieux, la Vierge de la Charité rejoint « Ochún », déesse africaine de l’amour et de la féminité, d’où ses différents noms.

** La fête de la Vierge de la Charité est célébrée chaque 4 septembre.

Traduit par Susana Gordillo et Pierre Haberer.

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