Je collectionne les refus

Il y a ceux qui couvrent leur mur de diplômes ou dont la chemise se tend sous le poids des médailles. Des héros qui accumulent les cicatrices et nous autres citoyens qui empilons les frustrations. Pour ne pas être en reste de cette manie généralisée de collectionneurs j’essaie de faire mon propre échantillonnage de quelque chose. Je compile les refus de voyages, les petits mots qui répètent que je ne peux pas sortir « pour le moment » et les billets d’avion repoussés. Tout ceci avec le même sérieux que ceux qui thésaurisent les étiquettes de boissons fraîches ou les figurines de céramique.

Têtue comme une boite de lait concentré, j’ai présenté à nouveau ma demande de voyage en Europe. En désaccord avec le « non » que j’avais reçu au mois de mai, je suis retournée au Bureau de l’Emigration et de l’Immigration de la municipalité Plaza. J’ai attendu plusieurs jours pendant que la rupture d’une machine à timbrer retardait une réponse dont je me doutais. Finalement quelqu’un en uniforme vert olive m’a confirmé que la sanction était maintenue. La correction n’est pas dans mon cas de s’agenouiller sur des grains de riz mais l’interdiction de quitter cette île. L’Etat Papa n’a donc pas appris combien insupportables deviennent les enfants qui ne sortent pas de la maison ?

Je joins le lien au second document qui en moins d’un an rend compte de ma condition de blogueuse captive.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY.

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