Retour à la normale

Le bilan du désastre est terminé et nos organes de presse semblent être entrés dans une période rose où ne trouvent place que les chroniques de reprise et d’optimisme. Ni le regret ni le doute n’ont voix au chapitre parmi les nombreux appels à la confiance. Les opinions et les visages que l’on montre à la télé sont soigneusement sélectionnés : seuls ceux porteurs d’espoir ont une chance de sortir. L’expression « retour à la normale » est répétée par les secrétaires généraux du parti, par les chauffeurs de camions chargés de plaques pour réparer les toitures, et par les sinistrés eux-mêmes. On essaie à tout prix d’effacer le « maintenant» pour revenir à l’« avant » des deux ouragans.

Ce qui est sûr, c’est que je ne crois pas qu’il y a un mois de çà, nous ayons eu quelque chose qui ressemble à « la normale ». Plus encore, au cours des trois décennies que je porte sur mes épaules, je ne crois pas avoir vécu autre chose que « l’anormal ». A ceux qui prononcent l’expression j’aimerais demander s’ils trouvent normale la Période Spéciale, la peur de l’Option Zéro*, les discours interminables, la Bataille des Idées, les meetings de répudiation, mes amis armant un radeau pour prendre la mer, le « ça existe mais ça ne te concerne pas ou ça te concerne mais ça n’existe pas », les queues interminables, les promesses de changement qui ne se concrétisent pas, les terres en jachère, l’idée de la place publique où être en désaccord c’est trahir, le parler à voix basse, la paranoïa que tous pourraient appartenir à l’Appareil d’État, les restrictions des déplacements, les privilèges de quelques uns, le double système monétaire, l’endoctrinement des écoles, l’absence de perspectives, les affiches avec les slogans auxquels personne ne croit, et l’espoir, l’attente, les rêves qu’un jour tout pourrait atteindre un point proche de « la normale ».

Traduit par Jean-Claude MAROUBY.

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Une réflexion au sujet de « Retour à la normale »

  1. yo pienzo gue eres muy valiente al hablar lo gue tu hablas y dises si todo nosotros hubieramos echo como tu esa dirtadura no hubiera durado nada y todos nosotros vivieramos en cuba como tu y no agui sin aser un solo sagrifisio por nuestro pais matansero

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