Adieu au tutu

La diplomatie est l’un de ces arts qui me donnent de l’urticaire, l’une de ces danses dont l’exécution me donne le tournis. Plus j’essaie de comprendre les ambassadeurs, les chanceliers et toute cette curieuse espèce de personnages futés, plus je ne tire que de la confusion de leurs actions. Ils se donnent l’accolade et s’offrent des sourires, ils échangent des promesses et s’affichent sur les photos main dans la main. Ils parlent en mon nom, même si cela fait un bail qu’ils ne sont pas montés dans un bus, qu’ils ne font pas de queue et qu’ils ne sont pas au courant du prix d’un œuf au marché noir.

Durant cette dernière année, le ballet présenté par notre diplomatie a pris l’allure d’une danse de séduction. Ils sont sortis danser avec des bas rouges et leurs promesses d’ouverture ont ébloui quelques uns. Cependant, depuis le troisième balcon – où sont assis les citoyens – chaque fouetté nous a eu l’air plutôt rigide, et les nouvelles tournures si prévisibles qu’elles ne provoquent que bâillements.

Ennuyée et déçue de ces chorégraphies de l’apparence, je préfère danser au rythme de la diplomatie populaire. Vu le nombre de buffets et de champagne gaspillés, je pense qu’il vaut mieux se passer de ces représentants encravatés. Il doit exister des formes plus civiques pour les rencontres entre peuples, les contacts et l’entreaide. Laissons aux chancelleries la farce des protocoles d’intention et des pactes signés et non tenus. Pendant ce temps, rapprochons-nous et entendons-nous directement.

Traduit par Susana Gordillo et Pierre Haberer.

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