Nous, le peuple

Je suis post-moderne et incroyante : les discours m’endorment et un leader monté à la tribune constitue pour moi le comble de l’ennui. J’associe les micros aux appels à l’intransigeance et l’éloquence encensée de quelques-uns uns m’est toujours apparue comme un pur criaillement destiné à assourdir « l’ennemi ». J’ai réussi à m’esquiver des événements publics et je préfère le bourdonnement d’une mouche à l’écoute des promesses d’un homme politique. J’ai dû entendre tellement de harangues –beaucoup m’ont paru interminables- que je ne suis pas le public indiqué pour supporter un nouveau laïus. 

Pour moi la voix qui s’échappe des podiums a toujours apporté plus d’intolérance que de concorde, une grande dose de crispation plus que des appels à l’harmonie. J’ai vu sortir des tribunes, des prophéties d’invasions qui ne sont jamais arrivées, des plans économiques non plus réalisés et même des expressions  discriminatoires du type « Que l’on se débarrasse des scories, qu’elles s’en aillent ! ». D’où ma confusion devant l’allocution pleine de sérénité qu’a prononcée aujourd’hui Barak Obama, avec sa façon particulière de développer les arguments et d’invoquer la concorde. 

Il m’est apparu à le lire –je ne possède pas de parabole illégale pour voir la télé- que c’est toute une rhétorique du 20eme siècle qu’il a condamnée. Nous avons commencé à dire adieu  à cette éloquence convulsive qui ne nous émeut plus. J’espère seulement que ce sera « nous, le peuple » qui à partir de maintenant écrira les discours.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY.

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2 réflexions sur “Nous, le peuple

  1. Attention, Yoani, même en "Occident", la démocratie doit se gagner chaque jour en exerçant sa citoyenneté… Merci pour tes pages de vie si émouvantes et qui sonnent si juste ! Saludos, animos y un abrazo cordial desde Belgica.

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