Un messager s'en va


Lorsque le KGB combat la CIA,
c’est toujours la police qui sort gagnante.
Joaquin Sabina

Ce n’est pas la première fois que j’entends dire que MSN messenger est bloqué pour les usagers cubains. Il y a presque trois ans une amie m’avait fait entrer en cachette dans le bureau de l’administration où elle travaillait pour que je puisse me connecter à Internet. Je voulais écrire un article et il me manquait quelques informations ; c’est pourquoi je lui avais demandé de me laisser accéder quelques minutes sur l’ordinateur obsolète de son entreprise. C’était l’époque où je me déguisais en touriste pour me connecter à la toile dans les hôtels, et cette semaine-là je n’avais pas les pesos convertibles pour payer une heure d’accès.
Mon amie m’avait lu la liste de ce qui était interdit dans cette connexion institutionnelle et avait ajouté que MSN ne fonctionnait pas car il était bloqué depuis plusieurs mois. « Tu ne peux utiliser aucune messagerie autre que locale » et « ne t’avise même pas d’entrer sur El Nuevo Herald » m’avait-elle dit devant mes yeux écarquillés. Alors que je m’interrogeais sur les restrictions au « chat » sur le logiciel de Microsoft, elle m’expliqua que je ne devais utiliser aucune interface que les administrateurs du réseau ne puissent contrôler. Hotmail était interdit parce-qu’il se révélait quasiment impénétrable au logiciel de contrôle de la correspondance des employés. Peu de temps après, le Messenger de Yahoo et celui de gmail seraient également interdits pour les mêmes raisons, dans les connexions depuis les bureaux et les lieux d’éducation.
Aujourd’hui l’interdiction vient de l’autre côté, précisément de ceux qui ont construit le programme qui nous permettait d’échapper au contrôle. « WindowsLive Messenger a été coupé pour les usagers des pays sous embargo des Etats-Unis » précise la note publiée par Microsoft pour annoncer l’interdiction. Avec cette interdiction je pense que de nouveau ce sont les citoyens les perdants, car nos gouvernants ont leurs propres canaux pour communiquer avec le reste du monde. Ceci est clairement un coup porté aux internautes, aux « hors la loi du réseau » que sont presque tous ceux qui se connectent à Internet depuis Cuba. Assurément dans l’entreprise de mon amie, le censeur qui contrôle les connexions doit être aux anges ; Microsoft vient de faire le travail pour lui.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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