Du poulet pour du poisson


J’ai appris samedi matin qu’il y avait un arrivage de poulet sur le marché rationné et je me suis rendue à la boucherie où l’on vend habituellement les œufs et la viande hachée à base de soja. Pourtant il n’y avait là aucun client. L’employé, avec le mutisme habituel qui caractérise ceux qui servent le public, m’a montré du doigt une centaine de personnes qui faisaient la queue devant la poissonnerie.
Il y a déjà longtemps que les produits de la mer sont rares et les sources naturelles de phosphore sont plus perdues que l’arche des films d’Indiana Jones. C’est pourquoi dans la case de la carte de rationnement où l’on devrait indiquer la portion de chinchard ou de merlu, figure maintenant une infime portion de cuisse et d’avant cuisse de poulet. J’ai fait quelques heures d’attente et j’ai finalement pénétré dans ce lieu où ne reste plus trace des odeurs des côtes africaines où la flotte cubaine allait pêcher, autrefois… dans les temps idéalisés du socialisme réel.
La vendeuse était debout, sur un tapis de cartons sur lesquels on pouvait lire très clairement la provenance de la marchandise : « Made in USA ». Le détail n’avait pas échappé à un vieil homme à la langue malicieuse qui fit la remarque « Que ces poulets américains sont bien nourris ! ». La femme prit notre carte de rationnement sur laquelle il est bien précisé que nous sommes trois personnes, jeta 33 onces sur la balance –dont aucun morceau de blanc- et me dit que le prix était un peso cinquante centimes. « Quand le poisson doit-il arriver ? » ai-je demandé. Mais en guise de paroles elle me répondit en pointant son index vers le ciel.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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2 réflexions au sujet de « Du poulet pour du poisson »

  1. Que puis-je faire pour vous aider ainsi que vos compatriotes moi qui suis si loin de vous, au Québec, Canada ? N`y a-t-il pas une action concrète que je puisse accomplir pour adoucir sinon soulager cette misères que je ne fais qu`entrapercevoir?

  2. Et oui nous avons tous la même réaction nous qui pouvons presque avoir tout, sommes toujours surpris de ce combat incessant pour se nourrir et avoir ce qui nous parrait élémentaire. Grand sujet à méditer pour nous et donc grand respect à vous Cubains.

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