Cabot


Voilà des années que j’ai claqué la porte du monde académique et intellectuel, excédée de voir le masque si souvent accroché aux visages de mes professeurs et de mes condisciples. Je commence aujourd’hui mon voyage de retour dans l’enceinte universitaire, du fait de la mention spéciale que m’a octroyée l’Université de Columbia lors de la remise des prix de journalisme Maria Moors Cabot. Une médaille que j’ai obtenue entre autres pour avoir refusé d’assumer cette complicité « cultivée », que j’avais été tellement frustrée de découvrir dans une partie du monde des lettres cubain.
M’étant échappée d’une érudition livresque –déconnectée de la réalité- je suis tombée dans l’extrême inverse : celui des circuits informatiques et de la codification binaire. Il existe cependant des voies qui nous ramènent aux mêmes lieux et peuvent faire qu’une philologue renégate revête à nouveau les habits de l’académie. Surtout si ce retour au monde des toges et des diplômes a pour origine le fait de m’être comportée comme une personne libre dans le cyberspace.
Je pense utiliser le prestige et la protection qu’apporte avec lui le Prix Cabot pour continuer à faire progresser la blogosphère cubaine. L’itinéraire alternatif qui nous réunit chaque semaine a atteint le stade auquel il doit se transformer en une authentique académie du blog. Comme je n’ose espérer qu’il me soit permis d’ouvrir une école de journalisme digital pour réaliser ce projet, je vais le lancer même si ce doit être en marge du formalisme légal et bureaucratique. La distinction que j’ai reçue aujourd’hui peut contribuer à ce que naisse un nouveau type d’instruction sans conditionnement idéologique, et sans ces affreux déguisements qui m’ont fait m’éloigner un jour du monde académique.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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