En mon absence, affectueusement

Je ne me rappelle pas la dernière fois que j’ai pleuré, pourtant je ne suis pas particulièrement forte face aux aléas de la vie, je considère même que je suis plutôt soupe au lait et que j’ai la larme facile. Cependant, depuis plus d’un an, j’ai décidé d’être heureuse à tout prix, de prendre de bonnes bouffées de sérénité dans l’attente de plus mauvais jours. Je refuse que quiconque efface mon sourire, ou qu’on fasse de moi une paranoïaque qui regarde sans cesse par-dessus son épaule pour voir si on la suit.

Ce penchant enfantin pour l’optimisme m’a permis de surmonter les refus d’autorisations de voyage, le cercle radioactif dans lequel on tente de m’enfermer, les insultes, les campagnes de diffamation, le contrôle de la police politique et même la névrose au sujet de la présence éventuelle de micros chez moi. Tout est prétexte à célébration, y compris ce dont on m’a privée : la possibilité de voyager, d’assister à la cérémonie de remise de différents prix, l’accès à Generación Y depuis le réseau cubain, le contact avec nombre de mes amis, l’entrée à des manifestations culturelles dans mon propre pays et ma présence au lancement de mes livres.

Aujourd’hui précisément je déborde de satisfaction parce qu’une compilation de mes textes, intitulée « De Cuba, com carinho…« , va être présentée cet après-midi au Brésil. En tenant compte des trois heures de décalage qui me séparent de Rio de Janeiro, je vais fêter à cinq heures de l’après-midi la belle édition de mes posts en portugais. On pourra voir mes dents à plusieurs mètres à la ronde, pas seulement parce qu’elles sont grandes et espacées, mais grâce au rire éclatant que j’afficherai en permanence. Un rire corrosif que les sinistres visages de ceux qui m’ont empêchée d’aller jusque là-bas ne peuvent pas comprendre ; un coup de poignard réjoui qui coupe et transperce ceux qui ne savent pas composer avec la joie inattendue de la captivité.

Traduit par M. KABOUS.

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