Le vote vain

Je vois mes concitoyens aller comme des automates à la bodega, végéter mollement au travail et glisser sans espoirs leurs bulletins dans les urnes. Leurs vies passent pendant qu’eux achètent leur pain –chaque jour plus petit-, qu’ils touchent leur salaire symbolique même pas suffisant pour mal vivre,  et qu’ils lèvent la main dans les assemblées pour nommer des candidats. Aucun des élus du processus électoral actuel ne parviendra à résoudre les problèmes quotidiens qui plombent la vie à Cuba. Des candidats, on ne connaît que leur photo et leur biographie truffée « d’exploits », où l’on nous dit –presque toujours- qu’ils sont « d’origine humble ». Pas un mot au sujet de leur programme ou de leurs intentions une fois qu’ils assumeront leur nouvelle charge.

Curieusement, presque tous ceux qui obtiennent le mandat de délégués de circonscription sont des militants du Parti Communiste Cubain et placent la doctrine du parti au-dessus des devoirs envers les électeurs. Ils ne vont pas nous représenter auprès du gouvernement, ni être une projection de notre voix auprès des institutions, ils seront les hérauts des mauvaises nouvelles venues d’en haut, canaux de transmission de ces règles et directives décidées par quelques-uns. En plus de trente ans d’existence, ces représentants du Pouvoir Populaire ne sont pas parvenus à obtenir que les poubelles soient ramassées efficacement, que les boulangeries offrent des produits de qualité ni que les fosses septiques ne fuient de tous côtés. Ils n’incarnent pas non plus l’hétérogénéité des tendances existantes dans notre société. Ils sont arrivés à ces postes grâce à leur fidélité avérée plus que grâce à leur capacité de gestion.

Ce soir a lieu la réunion où l’on propose des candidats dans la zone de blocs de béton où je vis. La convocation est arrivée il y a quelques jours alors qu’à la télé on nous engageait à élire les meilleurs et les plus capables. Malgré tout, je n’ai plus une once de foi en un mécanisme qui a prouvé son inefficacité et son sectarisme. J’aimerais lever la main pour le voisin au verbe sûr et aux projets concrets qui vit en face de chez moi, mais il y a des ordres pour aller au-devant de celui qui nommerait un « dissident », même ceux qui semblent seulement enclins au changement. La probabilité est grande que soit réélu ce même délégué qui nous promet des solutions depuis dix ans, tout en sachant pertinemment que leur réalisation lui échappe. Il est le candidat commode de ces élections vaines et nous sommes de simples figurines qui doivent lever la main ou remplir le bulletin.

Traduit par M. KABOUS.

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Une réflexion sur “Le vote vain

  1. Bonjour,

    Et voilà des mises à jour ! Un grand merci à M. Kabous pour ses traductions ! ;-)

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