Le Capitole ou la maison des chauves-souris

J’avais réussi à me faufiler par les escaliers lors du départ des travailleurs à la cantine pour engloutir leur déjeuner. C’était l’été 1992 et la tentation de monter jusqu’à la coupole du Capitole avait été plus forte que le panneau "passage interdit" écrit en lettres rouges. En haut, les toiles d’araignée, les étayages et les moulures décrépites alternaient avec des objets couverts de poussière. Du sommet, j’ai regardé vers le bas, où un faux diamant signale le kilomètre zéro du réseau routier national.

Le Capitole de la Havane a été humilié par son passé, puni parce qu’il ressemble tant à celui de Washington et couvert de honte pour avoir abrité -autrefois- le congrès. En tant que symbole de cette république diabolisée par la propagande officielle, l’imposant édifice a connu le destin du châtié. L’Académie des Sciences s’y est installée et a rempli les grands espaces de cloisons, et un musée vétuste, plein d’animaux empaillés a été placé juste en dessous de l’hémicycle. Plusieurs groupes de chauves-souris ont niché à l’intérieur éclaboussant les mursd’excréments et créant des trous dans les fioritures du plafond. Les coins et recoins de la façade se sont transformés en l’urinoir le plus populaire du quartier.

Il y a quelques années, le bruit a couru qu’un millionnaire italien avait fait don de tout un système de lumières pour ce joyau architectural. Peu à peu, les ampoules ont grillé et le colosse de pierre et de marbre a de nouveau sombré dans l’obscurité. A la grande surprise de tous ceux qui le considérions comme condamné, des barrières qui annoncent la restauration du majestueux immeuble viennent d’être installées. Pourvu que les réparations ne durent pas plus que les brèves années de sa construction et que le Capitole puisse être -un jour- le siège du Parlement cubain : un superbe bâtiment destiné à héberger de vrais débats.

Traduction par M. Kabous

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3 réflexions sur “Le Capitole ou la maison des chauves-souris

  1. Je vous souhaite que la restauration ne prendra pas autant d’années que celle de notre palais de justice dont les échafaudages rouillés font depuis des années partie de l’édifice.
    Amistad y Abrazos de Bruselas

  2. ce qui se passe en France,actuellement sur le plan strictement démocratique, dépasse l’entendement.
    Pour autant,celà ne peut servir pour relativiser ou absoudre les turpitudes du pouvoir Cubain.
    En France,demeurent des contre pouvoirs,qui, malgré tout ,peuvent s’exprimer.
    Rien à voir avec la dictature Cubaine qui ne tolère aucune critique.
    Associer le nom d’un avocat,démocrate,constitutionaliste,qui a consacré sa vie à la libre expression, pour servir de contre exemple Français à la dictature Castriste,relève de la manipulation.
    Personne en France ne fera le parallèle entre Sarkozy et les frères Castro.
    Ici,nous pouvons combattre le premier, sans risquer la prison ni la répudiation publique.
    Voilà,au moins.. une des grandes différences..

  3. Eh oui Eh oui professeur, cela fait mal de s’autocritiquer!!! Ajajaja, mais il faut admettre que balayer devant sa porte est un devoir démocratique avant de s’occuper des autres!!!

    Et une autre pour vous faire plaisir:

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/07/30/01016-20100730ARTFIG00626-de-plus-en-plus-de-femmes-proxenetes-en-france.php

    «Madame», «mama», ou «première femme». Autant de surnoms pour désigner le rôle souvent sous-estimé de ces femmes donneuses d’ordres dans les réseaux de prostitution français.

    Des femmes aux manettes dans les réseaux de prostitution, le phénomène n’est pas nouveau mais il tend à progresser. Au début des années 2000, l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) leur attribuait 24% des affaires de proxénétisme en France. Un chiffre porté à 39% l’an dernier, selon un rapport de l’organisation.

    Les maquerelles peuvent avoir des profils très différents. Historiquement, «les bordels ont souvent été tenus par des ‘Madames’, souvent d’anciennes prostituées ayant passé l’âge de plaire aux clients, qui mettent à profit leur connaissance du milieu», explique Yolande Geadah, membre de l’Institut de recherche et d’études féministes (IREF) de l’Université du Québec.

    Aujourd’hui, le proxénétisme féminin se passe parfois sous les fenêtres des riverains. En témoigne l’expérience vécue par les habitants de la Goutte d’Or dans le XVIIIème arrondissement de Paris, qui se plaignent depuis quelques semaines du manège des filles sur les trottoirs, guettées de près par les «mamas» africaines, ces anciennes prostituées reconverties en «Kapos», comme les désignent les policiers ou les travailleurs sociaux.

    Pression psychologique

    «Quel que soit le niveau de hiérarchie dans la prostitution, il y a toujours une femme dans le circuit», souligne Jean-Marc Souvira, commissaire divisionnaire et chef de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH). Les méthodes varient cependant en fonction des communautés. Dans les réseaux africains opérant en Europe, la proxénète se sert de ses relations familiales pour instaurer une confiance naturelle avec ses recrues.

    Les filles, principalement originaires du Nigeria, du Ghana ou du Cameroun, mordent facilement à l’hameçon des mamas revenues au pays avec «des robes chamarrées, du maquillage, des sacs de marque», commente Jean-Marc Souvira. Le lien de parenté qui les lie favorise la crédulité des jeunes femmes auxquelles elles promettent un avenir de coiffeuse ou de poseuse d’ongles… Pour les parents, «la remise de leur enfant à une tante est synonyme de rentrée d’argent pour le village, peu importe la façon dont il est obtenu», lâche le directeur de l’OCRTEH. Le destin des filles est celui d’une prostituée de rue, prisonnière d’une dette qui s’élève parfois à 50.000 euros pour le «service rendu» par la mama, laquelle s’arrange aussi pour leur remettre de faux papiers.

    La mainmise de la «mama» africaine reste à la fois la plus visible et la plus difficile à abolir. Au-delà du statut social dont elles jouissent, ces matrones exercent une pression psychologique sur leurs troupes : «Si les filles ne travaillent pas bien ou désobéissent, elles trahiront l’honneur de leur famille en n’envoyant pas l’argent tant attendu», explique le directeur de l’association l’Amicale du Nid de Paris. Et si l’aliénation mentale ne suffit pas, certaines mamas peuvent indirectement recourir à la force. Au sein de la branche toulousaine de l’association, on signale le cas d’une prostituée rudoyée physiquement par un autre proxénète de la bande, sur ordre d’une mama.

    «Une jolie femme avec beaucoup d’allure»

    Dans les réseaux de call girls où les recrues viennent souvent d’Europe de l’Est, le profil de la proxénète est celui d’une business woman qui use de ses charmes. Ici, pas de lien de parenté entre la maquerelle et ses filles mais un lien de connivence forgé par une approche plus «glamour» du commerce du sexe. Et Jean-Marc Souvira de citer un cas d’école : l’an dernier, ses services ont démantelé un réseau de call-girls entièrement dirigé par une Tchèque. «Une jolie femme avec beaucoup d’allure», se rappelle-t-il. Quelque 500 femmes travaillaient sous sa coupe, toutes embarquées dans des «sex tours» à travers l’Europe, ces circuits itinérants où les filles changent de pays chaque semaine, au gré des réservations effectuées en ligne par les clients. Les services de l’OCRTEH lui ont mis le grappin dessus alors qu’elle recrutait des filles en France, «qu’elle relookait ensuite style étudiante.»

    Lorsqu’elle ne conduit pas seule ses affaires, la maquerelle est un «écran parfait» entre les prostituées et le chef du réseau. «Quand on présente aux magistrats une femme proxénète, elle ne prend pas la charge principale puisqu’elle est à la fois auteur et victime», souligne le haut-fonctionnaire. Un principe qui coïncide tout à fait avec la situation des prostituées roms. Celle qui se hisse au statut de «première femme» a derrière elle un long passé de prostituée qui débute par une «transaction», à savoir «l’achat d’une femme par des hommes d’un clan de Roms». Une pratique que Jean-Marc Souvira juge «courante» dans cette communauté.

    La féminisation du proxénétisme ne doit cependant pas être surestimée. Le taux de crime des femmes est certes «plus élevé dans le trafic d’êtres humains que pour les autres actes criminels», indique l’ONU dans un rapport en juin, mais le proxénétisme masculin demeure la norme dominante. Reste que l’existence même des entremetteuses du sexe traduit la difficulté réelle de sortir des griffes de la prostitution. Un piège mental, physique et économique dont on finit par s’accommoder, faute de pouvoir refaire sa vie en-dehors.

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