En attendant les ordres

Une connaissance de ma mère -qui vit tout près de chez une Dame en Blanc- lui a raconté qu’on lui avait fait redescendre des instructions indiquant de ne pas agresser ces femmes vêtues d’habits clairs et tenant des glaïeuls. Cette même femme qui arborait jusqu’à très récemment un rictus de mécontentement lorsqu’elle racontait les messes à Sainte Rita et les pélerinages sur la 5ème Avenue, est aujourd’hui prête à serrer la main de Laura Pollán et à lui demander un autographe. Peut-être que cette voisine qui a crié, en mars dernier, devant les caméras de la télévision nationale : « Miami s’agite », est aujourd’hui troublée et attend de nouveaux ordres pour recommencer à vociférer. Les mécanismes de la fausse spontanéité ont été mis au jour par cette trêve : le fait que cette supposée réponse populaire ait été montée de toutes pièces est confirmé par cette interruption des agressions.   

Du point de vue du discours officiel, les personnes qui ont été libérées de prison ces dernières semaines méritaient leur emprisonnement. Brandissant cet argument et utilisant certaines pressions bien connues, les militants du parti et les membres des Comités de Défense de la Révolution ont été mobilisés pour participer à ce qu’on appelle « les meetings de répudiation » où ils crachaient, insultaient et secouaient les Dames en Blanc. Maintenant, les fringants responsables de ce tapage qui accouraient pour « défendre la révolution contre les mercenaires à la solde de l’impérialisme » doivent être en train d’attendre quelque explication qui justifie les sorties de prison. Il serait intéressant d’entrer dans une de ces réunions d’un noyau de partisans pour voir quelle secrète révélation peut bien leur y être faite, parce que si tel n’est pas le cas, ils vont finir par se rendre compte qu’ils sont comme des marionnettes d’occasion que l’on excite un jour et que l’on fait taire le lendemain.

La dame que connaît ma mère ne cache pas son étonnement : « Bien malin qui peut les comprendre ceux-là. Hier, ils nous appelaient à venir insulter ces femmes, et aujourd’hui, on ne peut plus toucher à un seul de leurs cheveux. » Ce qui est certain, c’est qu’ici, où l’on pensait qu’il ne se passerait jamais rien, on est tout à coup dans la situation où tout peut arriver. Quand donc l’histoire a-t-elle commencé à changer? Peut-être dans la cellule d’isolement humide, sombre et pestilentielle où Orlando Zapata Tamayo a décidé de s’immoler, ou dans la salle de soins intensifs stérile et glaciale où Guillermo Fariñas a ratifié sa décision de mourir si les libérations n’avaient pas lieu, ou bien dans les rues havanaises où certaines de ces femmes sans défense ont défié un pouvoir absolu en criant le mot liberté à un endroit où elle n’existait pas.

• La trêve – brève et fragile – semble être circonscrite à la Ville de la Havane, parce qu’à Banes, Reina Tamayo est toujours victime de ces mêmes méthodes. 

Traduction M. Kabous