Laisse sonner !

Le portable sonne mais je ne décroche pas. J’attends que la sonnerie s’arrête et je me dirige vers une cabine proche pour faire le numéro qui s’est enregistré. J’ai averti mes amis pour qu’ils laissent sonner et qu’ensuite je les rappelle, mais certains insistent et oublient le coût élevé d’une minute de conversation sur le réseau mobile. Nous avons un code entre nous : deux sonneries si c’est urgent et trois si ça peut attendre. Lorsque je suis dans la rue et que l’appareil que j’ai dans la poche se met à vibrer je cherche une cabine qui accepte les pièces et dont on n’ait pas arraché le combiné.

Bien que la société de télécoms ETESCA nous ait informés que le nombre d’usagers des portables allait bientôt dépasser le million, nous souffrons toujours d’un handicap avec cette technologie. Recevoir un appel national est une folie, configurer le MMS peut nous coûter des heures de lutte avec les opérateurs et trouver un endroit où l’on peut recharger sa carte rappelle le film « Mission Impossible ». Tel un adolescent dont les pieds ont grandi et qui n’entre plus dans ses chaussures, notre téléphonie cellulaire a vu le nombre de ses abonnés augmenter sans que ses infrastructures accompagnent l’évolution. Car une pareille croissance n’obéit pas à un développement généralisé mais au désir de collecter –à tout prix- ces billets convertibles et colorés qui veulent ressembler au dollar.

Malgré les récentes baisses pour permettre de s’abonner, un médecin ne peut pas encore se payer un téléphone mobile et la police politique bénéficie de tarifs subventionnés en monnaie nationale. Il n’est pas non plus possible de signer un contrat avec paiement en fin de mois car nous sommes condamnés à payer d’avance pour pouvoir nous connecter. Beaucoup ont le sentiment de se faire escroquer par ETESCA, mais le monopole d’Etat ne permet pas à d’autres concurrents de nous offrir un service meilleur et moins cher. En attendant une solution, des milliers d’usagers se livrent à un étrange code Morse avec les téléphones : un coup, deux coups… « Ne te précipite pas pour répondre ! Cours seulement vers le téléphone le plus proche. »

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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