Il l'a fait

Le jour où Juan Juan Almeida a annoncé le début de sa grève de la faim, il nous a semblé revivre l’expérience cauchemardesque du long jeûne de Guillermo Fariñas. Nous, ses amis qui l’aimons, nous lui disions « C’est la pire des décisions ». Nous étions sûrs qu’il n’allait pas supporter l’extrême dureté de l’inanition et que les autorités ne cèderaient pas non plus face à la rébellion de ses intestins vides. Heureusement, nous nous trompions. Il s’est avéré que JJ le blagueur -comme ses plus proches amis l’appelons- était non seulement disposé à entamer avec le gouvernement un bras de fer à l’issue imprévisible, mais qu’en plus il était prêt à s’immoler pour nous tous, pour nous qui à de nombreuses reprises avons essuyé le refus de la possibilité de voyager hors de cet archipel.

Le jovial quarantenaire nous a donné une leçon douloureuse mais efficace : bien que nous n’ayons pas d’urnes pour voter directement pour ceux qui nous gouvernent, ni de tribunaux qui acceptent une plainte pour maltraitance de la part de la police, ni encore moins de voies à travers lesquelles un citoyen puisse dénoncer les restrictions migratoires qui l’enchaînent au territoire national, il nous reste nos os, notre peau, les parois de notre estomac pour réclamer, sur le territoire fragile de nos corps, les droits qu’on nous a supprimés.

Traduction M. Kabous

About these ads

Une réflexion au sujet de « Il l'a fait »

  1. CUBA : LES BLOUSES BLANCHES SANS FRONTIÈRES
    Depuis plus de 10 ans, plusieurs milliers d’étudiants originaires du tiers-monde
    sont formés gratuitement pour leur permettre de pratiquer la médecine dans
    leurs pays d’origine.

    Auteur : Sébastien Madau

    L’Ecole latino-américaine de médecine (ELAM) a formé depuis sa création près
    de 22 000 étudiants.
    Reportage
    1998. L’ouragan Mitch ravage l’Amérique centrale. Cuba est épargné mais envoie
    ses médecins dans les zones sinistrées. Les dégâts sont tels que le contingent
    envoyé par La Havane ne suffit pas. “Plus jamais ça !” semble s’être dit alors le
    président Fidel Castro qui proposera de former gratuitement à Cuba des jeunes du
    monde entier jusque-là écartés des études de médecine dans leurs pays pour des
    motifs économiques. L’Ecole latinoaméricaine de médecine (ELAM) est née.
    Les premiers étudiants arrivent dès 1999. “Nous avons reçu des jeunes d’une
    centaine de pays, y compris des Etats-Unis” indique Yoandra Muro Valle, vice-
    rectrice de l’ELAM. “Nous prenons en compte le fait que les élèves arrivent
    d’horizons divers. Le but n’est pas de changer leur identité”. Aussi, il n’est pas
    rare de voir dans les couloirs des jeunes dans leurs vêtements traditionnels.
    Les élèves débuteront leur formation de cinq ans après une présélection, souvent à
    travers les ambassades cubaines et l’accord du pays d’origine. L’Eglise catholique
    ou des partis de gauche peuvent aussi servir d’intermédiaires. Les critères
    d’admission : avoir son Bac, être âgé de 17 à 25 ans, ne pas souffrir de maladie
    grave. “Le début de la formation est une analyse du niveau de chacun. Des cours
    spéciaux seront ensuite dispensés. Enfin, les élèves seront répartis dans les
    facultés de médecine de l’île avec les étudiants cubains”. Les étudiants recevront
    durant leur formation 100 pesos mensuels, des vêtements, un uniforme et des
    aliments. Bien évidemment, ces formations ont un coût que préfèrera taire la vice-
    rectrice. “L’effort financier est entièrement réalisé par l’Etat. Nous savons
    combien coûtent ces études dans les pays occidentaux. Cela revient au même ici.
    Sauf que c’est nous qui payons, pas l’étudiant !”
    Santé rime avec solidarité
    L’ELAM a reçu plus de 22.000 étudiants. Plus de 7.200 sont déjà repartis avec leur
    diplôme en poche. Pedro, 20 ans, espère marcher sur leurs pas. Il a été informé de
    l’existence de l’école grâce au parti sandiniste au pouvoir au Nicaragua (FSLN). “Je
    n’aurais pas pu me former dans mon pays. C’est trop cher, alors qu’à Cuba c’est
    gratuit”. Pour Leïla, 17 ans, le départ du Paraguay a été une déchirure. “Mes parents souffrent de me savoir si loin, mais ils savent que c’est pour mon bien”.
    De plus, “nous vivons dans une zone rurale. J’aurais dû aller à la capitale pour
    étudier. Venir ici, c’est un poids en moins pour eux”. Actuellement en 1ère année,
    elle espère pouvoir “pratiquer un jour dans mon village, où les médecins
    manquent”.
    Quant à Wenderley, chauffeur de taxi en Colombie, sa venue à l’Ecole est le fruit
    d’une rencontre. “Un jour, je conduisais un diplômé colombien de l’ELAM dans
    mon taxi. On a parlé. Le projet m’a plu, surtout en sachant que les études de
    médecine en Colombie coûtent 4.000 euros par semestre”.

    Pedro, Leïla et Wenderley, futurs médecins.
    Une fois diplômés, ils retourneront chez eux. L’ELAM les laissera s’occuper de leur
    intégration. “C’est à eux de faire valider leur diplôme. Chaque pays a son propre
    système, nous les respectons” assure Yoandra Muro Valle. Après leur départ,
    aucune enquête n’est réalisée. “Nous nous engageons à les former sans
    contrepartie” promet la vice-rectrice. La plupart d’entre eux pratiqueraient dans
    le secteur public. “Il se peut aussi que d’autres aillent vers le privé, par choix
    personnel ou parce qu’il n’y a pas de système public dans leurs pays”.
    L’objectif de l’ELAM est que les pays du tiers-monde possèdent “beaucoup de
    médecins originaires du pays s’occupant des plus fragiles”. Une mission
    actuellement assurée, entre autre, par des milliers de médecins cubains sur
    plusieurs continents. “L’augmentation du nombre de médecins du cru permettrait
    une diminution du nombre de Cubains envoyés à l’étranger”. Autant de moyens
    humains qui seraient alors redéployés à Cuba où les besoins sont toujours présents.
    “Que ces pays aient leurs propres médecins, c’est une bonne chose pour leur
    indépendance. Mais ils pourront toujours compter sur Cuba”.
    Une solidarité qui a fonctionné à Haïti après le séisme de janvier dernier. 400
    Haïtiens de l’ELAM (diplômés et étudiants) sont partis en urgence rejoindre des
    médecins cubains présents sur l’île bien avant la catastrophe dans le cadre de la
    coopération entre les deux pays.
    SÉBASTIEN MADAU
    ***************
    Source : la Marseillaise sud-est – « Les blouses blanches sans frontières »
    Article publié le 16 mai 2010 sur le quotidien « la Marseillaise » sud-est, P.IV

Les commentaires sont fermés.