Vente à la petite semaine

Huit heures du matin, et les rails de la gare de Factor et Tulipan gardent encore la fraîcheur de l’aube. L’unique train qui arrive de San Antonio de los Banos est en retard. Les petits vieux assis sur les murs revendent les journaux achetés de bonne heure et offrent également des cigares au détail. Cette semaine ils ont subi un dur revers à l’annonce de la fin de la distribution rationnée de boites de « Titanes y Aroma ». Très mauvaise nouvelle pour ceux qui, à l’échelon le plus bas de notre marché informel, doivent vendre leur propre quota de rationnement pour survivre.

Parmi les absurdités du système cubain de commercialisation centralisée subsistait la règle que seules les personnes nées avant 1955 recevaient des cigares sur leur livret de rationnement. Dans ma famille mon père avait une dotation mais ma mère, trois ans plus jeune, ne la touchait déjà plus. Mi sérieux, mi sur le ton de la plaisanterie, un ami me disait qu’un jour ils remettraient la dernière boite  à un cubain très âgé qui aurait vu le jour au milieu du vingtième siècle.  Vous imaginez la scène : Le drapeau déployé, les sonneries de trompettes et un bataillon de cérémonie se dirigeant vers le vieux pour lui remettre la dernière boîte de cigares rationnés.

Bien ou mal, cela ce se passera pas ainsi. Ceux qui étaient plus jeunes quand a commencé le subventionnement de la nicotine atteignent à peine les soixante ans aujourd’hui. Ceux qui n’ont jamais bénéficié de cette dotation vivent cela comme une gifle de moins au visage. Je crois cependant que quelqu’un devrait indemniser les petits vieux de la gare de Tulipan et tous ceux à qui, dans  tous les coins de l’île, cette vente à la petite semaine permettait de vivre.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY