La valise en bois

La mienne était peinte en bleu, avec une serrure métallique et des charnières renforcées pour éviter qu’on ne me vole. C’était une valise en bois qui m’a accompagnée dans divers campements agricoles et que j’ai finalement, abandonnée, toute cassée, dans un dortoir d’Alquizar. Je croyais que je n’aurais plus jamais à utiliser un tel objet, surtout après l’annonce de la fin des lycées à la campagne. On pensait que la faible productivité, et les risques élevés avaient conduit les autorités à renoncer à envoyer les étudiants adolescents travailler dans l’agriculture. Mais le spectre de ce bagage clouté et lourd est revenu récemment me confirmer que les temps ne changent pas tant que cela sur cette île.

Avec le début de l’année scolaire, l’école de mon fils s’est remplie d’élèves portant l’uniforme bleu. Des embrassades de retrouvailles, des rires, des slogans le matin du type « longue vie à Fidel et à Raoul ! et plusieurs transformations dans l’enseignement. Parmi les plus encourageantes on trouve la réduction du temps pour les fameuses « télé-classes », cette méthode d’éducation qui essayait de substituer au professeur un écran, un appareil vidéo et un contrôle à distance. L’échec des maîtres émergeants a également été reconnu après des années de plaintes et d’incidents regrettables. Le pragmatisme s’impose selon les déclarations du Ministère de l’Education. Assez d’improvisation disent certains. Après autant d’appels à éliminer les dysfonctionnements, quelle surprise d’apprendre que les étudiants de seconde partiraient dans à peine une semaine « à l’école de la campagne » !

Mon fils est heureux, je ne le conteste pas. Il imagine deux semaines de divertissements, à prendre de l’eau dans les rivières, à rechercher les rejets de petites plantes et à marauder autour du dortoir des filles. Pourtant, d’un point de vue de la rentabilité, le séjour de ces étudiants dans un campement agricole sera une perte économique pour le pays. Par expérience, je sais que au lieu de développer la responsabilité au travail ces expériences mêlant étude et travail finissent par générer les comportements de simulation du style « attention voilà le prof ; il doit croire que nous sommes en train de désherber ». Il ya également une certaine préoccupation de possibles flambées de violence entre les pensionnaires ; c’est pourquoi le sous-directeur de l’école a précisé qu’il ne faut pas emporter d’objets coupants ou pointus,  pas même d’ouvre-boîtes. Avant vendredi, a-t-il été précisé les parents devront apporter les bagages avec les fournitures que leurs enfants emporteront.

Et dire que j’ai jeté ma vieille valise de bois ! Moi qui croyais qu’on en avait fini avec de telles absurdités !

Traduit par Jean-Claude MAROUBY