A la recherche de la pierre de Rosette

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Le discours de Raúl Castro lors de la passation de pouvoir et de sa nomination comme chef du Conseil d’Etat et des Ministres, n’a pas réussi à évacuer mes – déjà chroniques- doutes. La répétée mention aux changements à venir, mais sans en préciser le comment; et l’allusion aux interdictions en passe d’être levées -même si pour l’instant il n’est pas précisé desquelles il s’agit- m’ont laissé de marbre. L’échéance annoncée jusqu’à… “dans quelques semaines” ou “dans le cours de cette année-ci” de la mise en marche de l’application de quelques-uns de ces ajustements, me rappelle le tant désiré verre de lait, promis le 26 juillet passé, et encore absent de mon frugal petit-déjeuner.

Hier, je me suis sentie comme l’égyptologue français Champollion, essayant de déchiffrer chaque mot, chaque nouvelle personne ayant pris place dans le groupe gouvernemental. Même si je n’ai pas encore réussi à interpréter tout ce qui vient de se passer, je peux déjà identifier quelques signaux et possibles futurs indices. Le fait, par exemple, que Machado Ventura soit maintenant notre vice-président, est un signe que ce ne seront certes pas la flexibilité ni la façon de sentir d’une nouvelle génération la trace de nos prochains pas. Orthodoxie, verticalité et fidélité extrême sont les seules choses qui semblent émerger de celui qui, il y a déjà presque une décade, a signé une très fameuse directive interdisant les arbres de Noël dans les endroits publics. Sa présence comme “numéro deux” malgré le « faible » nombre de voix obtenues aux élections, 601 des 609 possibles, enlève tout espoir à la majorité des enthousiastes du gouvernement raulista .

En essayant de transposer les paroles du discours à mon quotidien, j’ai retenu les mots relatifs à «l’arrêt de gratuités (…) insoutenables ». Cette phrase m’a donné l’idée de lancer une modeste proposition: J’échange les six livres de sucre de canne, les trois kilos mensuels de riz et le paquet de café que je reçois via le carnet de rationnement contre une dose extensive de liberté d’expression. Je sais déjà que mon épicier sera totalement effrayé si je lui présente mon sac ouvert en lui demandant quelques onces de “droit à l’association”, quelques cuillerées de “libre opinion” et même une très petite portion de “possibilité de décider”. Sûr que je me trompe, mais c’est ainsi que j’aurais aimé interpréter ce que j’ai entendu hier.

La plupart du temps, les hiéroglyphes égyptiens sont beaucoup plus simples à comprendre que l’ennuyeux immobilisme de la politique cubaine.

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