Tout ça pour une bière

  Ce n’est pas demain la veille que je vais prendre ma retraite. Cependant, j’ai lu attentivement le projet de réforme de la Sécurité Sociale qui sera débattu au parlement. Pour ma part, comme beaucoup de cubains, j’ai décidé de sauter sans filet en gagnant ma vie en freelance – la perspective d’une retraite future me semblant trop lointaine, comparé aux contraintes économiques actuelles.       

En me penchant sur le nouveau projet d’augmentation des retraites, je remarque les sommes symboliques censées compenser l’allongement de cinq ans de la vie active. Je lis, bouche bée, qu’une institutrice de maternelle qui prendra sa retraite, après l’application de la nouvelle législation, ne gagnera que trente cinq pesos de plus qu’une autre qui prendrait la sienne aujourd’hui. Non seulement, la date de son repos mérité sera reportée, mais en plus, elle recevra une augmentation dérisoire, équivalente à 1.40 CUC*.      

Pour le dire avec toute la cruauté que revêt la situation, cette femme travaillera désormais cinq ans de plus, ce qui lui rapportera – quand elle aura quitté ses fonctions –  l’équivalent  d’une bière mensuelle. Il est possible que l’institutrice n’aime pas l’alcool, ou que son médecin le lui ait interdit. Dans ce cas, elle pourra profiter de cette « remarquable » augmentation de revenu pour s’acheter un tube de dentifrice ou un déodorant. Il serait à la fois drôle et dramatique, de voir cette personne hypothétique se lancer dans la rue en scandant : « Tout ça pour une bière ? ».       

* Note de la traduction : En 2002, le système de la double monnaie a été introduit à Cuba. Ainsi, deux  monnaies ont cours: Le Peso cubain ($) et le Peso convertible (CUC).
Ce dernier n’est valable que sur l’île. 1 CUC (environ 1 dollar) équivaut à peu près à 24 pesos. Le hic: les salaires versés par l’Etat cubain à la population sont en pesos cubains alors que la quasi totalité du commerce non rationné est réalisée en monnaie convertible. 

Traduit par: Susana Gordillo et Marc Lafouge

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