Petit bouton vert

 

 

Des mains qui sortent de costards bien coupés appuient aujourd’hui à l’ONU le petit bouton rouge, vert ou jaune pour se prononcer sur le blocus/embargo*. Les dernières semaines, la télé nous a assené le répertoire complet des chiffres, témoignages et analyses à propos des ravages provoqués par les restrictions commerciales subies par Cuba. Le sujet a été tellement manipulé par les politiques que, depuis ici-bas, beaucoup avons choisi de débrancher, bref de zapper vers autre chose.

Prévoyant le résultat du vote, j’aimerai nous renvoyer à l’autre siège, celui de tous les jours. Celui qui empêche que je puisse entrer ou sortir librement de mon pays, que je m’associe avec un groupe politique ou que je créé une petite entreprise familiale. Un blocus interne, construit à base de limitations, control et censure. Un blocus qui a coûté aux cubains des pertes matérielles et spirituelles considérables. J’essaie de me laisser convaincre par le journal Granma – je dois faire un grand effort – et je m’applique à comprendre l’importance accordée à ce qui va être discuté aujourd’hui aux Nations Unies. Je sors dans la rue et ce qui me saute aux yeux, ce sont les restrictions permanentes que nos gouvernants nous imposent. Ce mur contre lequel personne ne votera aujourd’hui à l’ONU.

* Je refuse d’utiliser l’une de ces deux formules toutes faites – vous savez à quel point les linguistes sommes pointilleux avec ces choses-là. Dans mes conversations quotidiennes, je l’appelle tout simplement « le prétexte », la « justification maladroite » qui arrange si bien ceux qui nous bloquent depuis ici.


(1) Granma – Nom du petit bateau dans lequel Fidel Castro et ses compagnons sont arrivés à Cuba, depuis le Mexique, en 1956. C’est aussi le nom du principal quotidien de Cuba (et l’un des seuls). Comme par hasard, c’est l’organe officiel du Parti communiste cubain. (Note de traduction).

Traduit par Susana Gordillo et Pierre Haberer.

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