Numance

Une jeune pionnière crie des consignes dès le matin dans son école. Le rouge de son visage et une veine qui bat sur son front renforcent ses exclamations. Entre les phrases qu’elle répète revient une métaphore terrifiante : « D’abord l’île s’enfoncera dans la mer, plutôt que de renoncer à la gloire qu’elle a connue ».. Quelques mots occupent la partie supérieure du panneau mural d’un Comité de Défense de la Révolution : « Si j’avance suis-moi, si je m’arrête pousse-moi, si je recule tue-moi ». Le journal de ce samedi disait la même chose dans une des pensées publiée du « Lider Maximo » : « Après tant de vies offertes et de sacrifices pour défendre la souveraineté et la justice, on ne peut pas offrir à Cuba le capitalisme de l’autre rive. »

Numance me revient à la mémoire et je résiste à ses implications alarmistes. J’ai déjà cru à cette histoire une fois, lorsque enfant je courais vers le refuge sous les sirènes annonciatrices d’une invasion qui n’eut jamais lieu. Le sol insulaire ne s’effondrera pas –je regrette de donner cette nouvelle aux augures de la débacle – parce-que nous aurons tel ou tel gouvernement, tel système d’un type ou d’un autre. Les arbres ne s’enfonceront pas, les pierres qui ont vu s’éteindre les indigènes ne changeront pas de place et probablement la mer elle-même ne se rendra compte de rien. Si bien que, s’il vous plait, ne m’assommez pas de cataclysmes ou d’apocalypses. Je suis maintenant trop grande pour ça.

Tout ceci s’achèvera, est déjà en train de s’achever. Numance ne se passera que dans la tête de quelques uns, dans celle des autres le futur sera plus grand que ce qu’on laissera derrière.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY.

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