CDR

 
Par une de ces confusions si fréquentes chez les enfants j’ai pensé pendant des années que le logotype du Comité de Défense de la Révolution était un œil énorme qui portait une «machete ». Comme je ne connaissais pas l’origine de cette iconographie agressive, je la voyais comme une pupille indiscrète qui me surveillait dans chaque bloc d’habitations. Des années plus tard, un ami se chargea de m’expliquer que là où je voyais une cornée et un iris, il s’agissait seulement d’un sombrero vu de dessus. Malgré son aimable observation je continuai à sentir le poids d’un regard chaque fois que je passais devant une pancarte avec le sigle du CDR. 

Ces jours-ci se tient le septième congrès de cette organisation qui affiche plus de sept millions de membres, desquels un bon nombre n’ont pas été consultés avant d’être inscrits sur les listes. On entre au comité par pur automatisme, de la même façon que nous les femmes appartenons à la Fédération des Femmes Cubaines et que les enfants sont inscrits sur les listes des pionniers. Il est rare que quelqu’un refuse publiquement de faire partie de ces groupements qui –dans le Cuba actuel- se révèlent plus bureaucratiques que réels. 

Ma confusion entre un œil et un sombrero tenait un peu de la divagation infantile mais beaucoup de la perception du danger. J’appris que derrière les portes qui arboraient le slogan inquiétant « En garde ! » habitaient les rédacteurs les plus habiles d’informations de délation des autres habitants. Je pris également connaissance du cas de ceux qui par la faute d’un rapport falsifié –sorti de la plume d’un « président de comité »- perdirent une promotion, un voyage ou la possibilité d’avoir un nouveau logement. J’eus même l’opportunité de connaître quelqu’un qui portait le titre de « Vice Président du CDR » et qui était, en outre, le plus grand délinquant du quartier.

 
Dans le Palais des Conventions la pupille à la « machete » levée tient un nouveau congrès. J’ai l’impression que l’Argos au multiples yeux qu’il fut un jour, est aujourd’hui un cyclope atteint de cataracte, un organe de surveillance qui a du mal à voir toutes les malices auxquelles nous nous livrons.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY.

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2 réflexions au sujet de « CDR »

  1. il est malheureux de voir que des enfants de 7 ans s’exclame lors des tribunas abiertas… Hasta la Ultima gota de sangre Comandante… Je ne sais pas si ce genre de propagande se fait encore…

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