Endophobie

Le rejet de ce qui est différent, étranger, présente un revers de médaille également discriminatoire et humiliant. Une étrange endophobie, qui se manifeste par l’exclusion de ce qui est similaire et par la négation de droits égaux pour leurs propres compatriotes, est courante dans les rues de cette île. Parmi les impressions les plus intenses que m’a laissée la ville de Santiago de Cuba figure en particulier celle de ne pas avoir droit aux mêmes services que les touristes étrangers.

Dans un coin du parc Céspedes se trouvent les bureaux modernes de l’entreprise de télécommunications ETECSA. On peut y envoyer un fax ou se connecter à Internet. Or ce service n’est accessible qu’une fois prouvé que vous n’êtes pas né à Cuba ou que vous résidez à des centaines de kilomètres du pays. Je l’ai su dès mon entrée, en observant les visages interrogatifs des employées qui évaluaient mes vêtements afin de détecter si j’étais une étrangère ou une simple locale. Comme je suis plutôt habile dans l’art de me faufiler même par les fentes les plus étroites, j’ai décidé de parler dans un mélange tarzanesque d’anglais et d’allemand. J’ai donc eu droit à une carte d’accès à la toile.

De là, j’ai pu envoyer le post de dimanche dernier et j’ai pu constater la manière avec laquelle on refusait la connexion Internet aux quelques cubains qui sont entrés. Sans aucune explication et avec un simple « l’accès est réservé uniquement aux touristes », on a empêché mes co-citoyens de s’asseoir devant les ordinateurs vides au fond du salon. L’un d’entre eux, particulièrement contrarié, a choisi de réagir. Il a dit quelque chose comme « C’est un manque de respect !». Et moi, n’en pouvant plus de me faire passer pour une allemande, d’ajouter une petite correction : « C’est un manque de respect supplémentaire, un de plus sur une liste déjà bien longue ». Dans la minute qui a suivi, on m’a demandé d’abandonner le local. Mon texte avait heureusement déjà réussi à passer dans cet espace immense. Là où personne n’exige que je montre mon passeport.

Traduit par Susana Gordillo et Pierre Haberer.

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2 réflexions au sujet de « Endophobie »

  1. Je vous lis depuis quelques mois déjà. Et à chaque fois, je ne peux que souhaiter qu’enfin, vous et tous vos compatriotes soyez libres… Je ne suis allée à Cuba qu’une fois, dans un de ces complexes « tout compris », pièges pour touristes. Malgré cela, j’ai entrevu, si peu, mais un peu, votre vie. Je vous souhaite un avenir radieux. Grâce à vous et tous ceux qui osent défier ce régime, il y a de l’espoir.

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