Révolution.com

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Dans la salle close du Palais des conventions s’est achevé hier un congrès informatique dont l’accès était réservé aux délégués étrangers ou aux cubains autorisés. J’ai eu beau essayer de me faufiler dans la réunion, il fallait être membre d’une institution officielle pour être admis. En préambule optimiste à ladite réunion, le Vice ministre de l’informatique et des communications avait accordé un entretien au journal « Juventud Rebelde » (Jeunesse Rebelle). Chargé de déclarations sur un futur imprécis qui pourrait aussi bien se produire dans une semaine que dans une décennie, cet entretien a relancé –chez certains-  l’espoir d’un accès massif à Internet. Cependant après avoir lu plusieurs fois les réponses de ce fonctionnaire, je me sens plus inquiète que rassurée.

Ses paroles n’esquissent pas la moindre critique du travail de censure ou de blocage de pages, pourtant si fréquent sur la toile cubaine. Il pointe les différences idéologiques dans une longue liste d’atrocités parmi lesquelles on trouve « les contenus nuisibles comme l’incitation au terrorisme, la xénophobie, la pornographie… ». A ce club des monstres il ajoute « par exemple, l’incitation à la subversion de l’ordre établi à Cuba et les contenus franchement contre-révolutionnaires ». Le dernier adjectif me confirme que nos conditions d’accès au réseau continuent à s’égarer dans une foule de critères qui n’ont rien à voir avec la largeur de bande ou la connexion aux satellites.

Sauf que ça ne vaut pas la peine de s’inquiéter, parce que Internet ne sera pas la miette qui nous tombera d’en haut, le privilège que nous vaudra notre bonne conduite, ni la prébende obtenue pour avoir beaucoup applaudi. Cette fois cela ne se passera pas comme ça. Une véritable révolution est en cours, parallèle et contraire au rationnement qu’ils veulent aussi imposer dans le monde virtuel. Cette révolution n’a pas de barbus, ni de fusils et encore moins un leader qui crie à la tribune. Elle est lente et encore limitée mais elle finira par atteindre presque tous les Cubains. Ses commandants portent des noms étranges comme Gmail, WordPress ou Facebook ; ils ne divisent pas, mais unissent les gens.

L’effet de cette révolution durera plus de cinquante ans ; les ministres, les filtres électroniques ou les promesses d’accès non suivies d’effet, ne pourront pas faire grand chose pour l’arrêter ou la contrôler. Aujourd’hui même, pendant que se termine à huis clos la réunion informatique 2009, est en train de s’ouvrir quelque part une nouvelle brèche que nous traverserons sans autorisation.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY.

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