Un discours bien macho

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Je garde encore en mémoire l’odeur du masque à gaz qu’on portait pour courir vers le refuge, lors des exercices militaires à l’école primaire. Mes camarades et moi avions fini par croire qu’un jour nous devrions nous protéger dans la cave d’un immeuble quelconque, pendant que les bombes tomberaient dehors. La ville montre aujourd’hui les traces de cette attaque constante, mais seulement à cause des projectiles de la mauvaise administration et des balles du centralisme économique. Ce sont eux qui ont modelé ce paysage. À force de nous préparer pour une bataille qui n’a jamais pris place, nous n’avons pas réalisé que le principal affrontement avait lieu entre nous mêmes. Un combat prolongé entre, d’un côté, ceux qui en ont marre du langage belliciste et, de l’autre côté, ceux qui ont besoin d’ « une place assiégée, où diverger est trahir » .

Plusieurs générations de cubains ont grandi entourés de panneaux qui nous mettent en garde d’une possible invasion du nord. Des appels énergiques à résister – personne ne sait plus très bien à qui ou à quoi – forment une rengaine de fond. Nous devrions être aussi attentifs que le soldat qui dort avec un œil ouvert, prêt à se lever d’un saut quand le clairon sonnera. Or, l’indifférence a gagné la bataille principale. Et la plupart de mes copains d’enfance ont fini par partir en exil, au lieu de descendre dans la tranchée.

A force d’entendre la même chose depuis plusieurs décennies, je suis lasse de l’image du macho engainé dans un uniforme vert olive, de l’adjectif « viril » associé au courage, des poils sur la poitrine qui décident plus que les mains sur l’écumoire. Toutes mes progestérones attendent le jour où cette ritournelle tellement mâle changera pour des mots tels que « prospérité », « réconciliation », « harmonie » et « convivialité ».

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Traduit par Susana Gordillo et Pierre Haberer.

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Une réflexion au sujet de « Un discours bien macho »

  1. Cette année un ami cubain avec qui nous découvrons l’ile nous dit un matin au petit déjeuner : j’ai rêvé toute la nuit (nous étions sur la côte nord) que les Américains débarquaient et nous mitraillaient tous…Il a été traumatisé par ce cauchemar une grande partie de la journée….

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