Mon royaume pour une banane


On raconte que lors de la chute du mur de Berlin et de la réunion des deux Allemagnes, sont arrivés de l’Est des personnes qui n’avaient jamais mangé une banane. Elles regardaient avec extase le fruit de forme allongée que les marchés de l’est sous-approvisionnés n’avaient jamais vendu pendant toutes ces années d’économie décentralisée. Je m’imagine que goûter la douceur de la chair d’une banane a dû être de même nature que déguster la fin d’un système qui avait duré cinquante ans. Entre les deux saveurs je préfèrerais expérimenter la seconde parce-que j’ai eu l’autre sur ma table depuis mon enfance.
La banane a été –tout comme l’orange- un des fruits de base dans nos maisons, bien avant que les allemands connaissent son existence. Les Cubains n’auraient pas provoqué la chute d’un mur pour mordre dans sa consistance rigide, mais nous lui devons de ne pas avoir eu une alimentation plus frugale pendant les années quatre-vingt-dix. Le « fufu » fabriqué à partir des variétés « macho » ou « burro » a été pendant des semaines l’unique aliment de mon corps adolescent. Comme bénéficiaire de ses vertus, j’aimerais lui ériger un monument, même si pour ce faire, je dois en importer un exemplaire du Costa Rica et l’utiliser comme modèle pour la statue bien méritée.
Je n’ai pas vu une banane depuis septembre de l’année dernière, lorsque les ouragans ont rasé les plantations. Je refuse de croire qu’après qu’elle ait résisté aux plans agricoles désastreux et aux croisements génétiques malheureux, nous allons la perdre maintenant. Ce fruit qui à réussi à survivre aux expérimentations du Grand Agriculteur en chef, ne peut pas venir périr entre les mains de quelques cyclones. J’ai peur que nous soyons –comme les berlinois de 1989- sur le point de courir avec angoisse à la recherche du goût de la banane.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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4 réflexions au sujet de « Mon royaume pour une banane »

  1. Je pense que tant que l’on est pas allé à Cuba on arrive pas à imaginer ce que tu racontes. Nous qui avons accés à presque tout et sommes là impuissant à votre combat. La seule chose qu’ il nous reste c’est de lire ton blog et ainsi de se sentir un peu plus prét de votre quotidien et votre combat.

  2. merci aux traducteurs de nous faire partager la vie de Yoani, ses billets d’humeur. J’ attend toujours les nouvelles avec impatience. Merci à Yoani pour nous apporter cette fraicheur.

  3. du fond de mon confort français, je me sens un peu bête de vous envoyer ce message de sympathie, mais que puis-je faire d’autres ? continuez le combat de la vie quotidienne, le plus dur peut-être.

  4. Attendez, attendez… La banane, en Allemagne de l’Est, on la mangeait (cela ne veut pas dire que la vie en était bonne). Yoani, il ne faut pas exagérer. Évidemment, cette petite faute n’est pas à Yoani, mais ces petites choses-là peuvent servir aux autorités pour l’accuser de mensonges, etc.

    En tout cas, je m’adhère à Benoit et Guillaume… J’espère que ce sont les derniers années (plutôt mois) de la dictadure.

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