Une fête sans l'invité d'honneur


Il y a quelques années nous avions organisé une petite célébration entre amis, motivée par la fin de l’installation des nouveaux ascenseurs. La fête était tout à fait justifiée car depuis plus de six mois nous devions monter nos quatorze étages par l’escalier. Nous avions informé tout le monde par téléphone qu’il y aurait bombance jusque tard dans la soirée, et chacun avait apporté quelque chose pour participer à l’ambiance. Quel dommage de les voir arriver tellement fatigués et avec sur le visage le sentiment d’avoir été trompés parce-que les ascenseurs russes, flambants neufs et récemment installés, indiquaient par le clignotement de leurs voyants rouges qu’ils étaient cassés.
Les fonctionnaires qui avaient fait le voyage en Russie pour acheter les nouveaux appareils avaient décidé qu’il n’était pas nécessaire de gaspiller de l’argent en achetant les supports latéraux des ascenseurs, une sorte de rails sur lesquels glisse la cabine. Ils avaient diagnostiqué que les vieilles structures, installées il y a plus de vingt ans étaient compatibles avec les nouveaux matériels et avaient commencé à les monter sur elles. Je ne vais pas me lancer dans des métaphores et faire des parallèles entre l’électromécanique et la politique, mais cette façon d’appliquer des transformations novatrices sur des pistes à l’évidence éculées, m’évoque des choses familières.
Le résultat final est que l’incompatibilité entre les vieilles pièces soviétiques et les nouveaux matériels déclenche des bruits effroyables à la montée et à la descente en plus des ruptures fréquentes de fonctionnement. L’installation est supposée terminée ; sur les plannings de l’entreprise chargée de la mise en place doit être inscrite la mention « achevé » et bientôt les mécaniciens iront dans un autre bâtiment. Cependant nous continuons la plupart du temps à prendre l’escalier, et nous passons pour des farceurs parmi les amis qui considèrent notre fête comme une plaisanterie de mauvais goût pour inaugurer des ascenseurs qui ne marchent pas.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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