Lampes rechargeables

solitario

Un été incertain nous attend. On nous annonce des coupures d’électricité, une montée des prix et on prévoit même un exode faramineux. Cependant nombreux sont les cubains qui, face au dilemme de parer les difficultés quotidiennes ou d’essayer de changer quelque chose, choisissent de se concentrer sur leur survie personnelle. Ils organisent leur fuite, tout en restant dans les frontières nationales, en contournant la loi. En d’autres termes, ils choisissent la délinquance. Il ne s’agit pas seulement de ceux qui rentrent la nuit par la fenêtre d’une entreprise ou de ceux qui arrachent le sac à dos d’un touriste naïf. Il y a aussi le chef d’entrepôt qui falsifie les factures ou le gardien qui brise les scellés d’un container qu’il est censé protéger.

Voler à l’État est une façon d’enfreindre la loi socialement acceptée. On peut ranger dans cette catégorie le serveur qui gonfle les prix ou qui introduit dans le restaurant des produits acquis par ses soins afin de les vendre comme étant « de la maison ». Ou encore l’épicier qui triche sur la liste d’usagers du marché rationné afin de pouvoir disposer de plus de marchandises. Le chef de la réception d’un l’hôtel transgresse lui aussi la ligne de l’illégalité, quand – en accord avec l’administrateur – il loue une chambre sans la déclarer occupée. On notera également le chauffeur de taxi qui « oublie » de démarrer le compteur, le tourneur qui fabrique une pièce non prévue par son plan de production, le douanier qui ferme les yeux sur des objets interdits, l’agent de police qui déchire une contravention, la fonctionnaire d’un bureau municipal du logement qui accélère une démarche, le professeur qui augmente une note et le contrôleur qui devient subitement aveugle devant les irrégularités qu’il devrait rapporter.

Les gains récoltés par ces « malfaiteurs » renforcent les parois de la bulle qui les isole des discours politiques. En même temps, ils les dissuadent de toute protestation publique. Le fruit de ces illégalités finira dans les caisses des magasins en devise. Il se matérialisera en une lampe rechargeable qui allumera quelques foyers cet été. Pendant ce temps, on se moquera bien de savoir qu’il n’y a pas d’électricité à l’extérieur.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

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