L’extinction du Panda

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Parmi les équipements électroménagers, le dernier que  l’on a distribué dans le pays par le système de la méritocratie a été le téléviseur chinois de marque Panda. Dans mon immeuble, une réunion a été organisée pour décider de l’assignation* des dix appareils flambant neufs reçus – dans une communauté qui dépasse les trois-cents personnes. Pendant les disputes pour savoir qui aurait le droit à un poste neuf – pour lequel il faut néanmoins dépenser 400 Pesos cubains – certains des voisins ont failli en arriver aux mains. Comme par hasard, on compte parmi ceux qui sont rentrés chez eux avec une télé les plus inconditionnels du régime et les plus aiguisés idéologiquement.

Ceux qui n’ont pas pu attraper un de ces Panda durs à apprivoiser se sont consolés avec l’idée qu’il y aurait un deuxième tour, dans lequel ils auraient plus de chance. Mais hélas le géant asiatique n’a plus fait parvenir de nouveaux téléviseurs. Ni même  de pièces détachées pour réparer ceux qui sont déjà sur place. Des activités telles que faire un tour de garde pour son CDR de quartier ou répliquer à ceux qui critiquent la situation du pays ont perdu de leur attrait récemment. Il se dit que la récompense ne sera plus l’assignation d’une machine à laver, une ligne téléphonique ou une radio portable.

Les chanceux de la dernière tournée de distribution d’électroménager assignés ne sont pas non plus très heureux. Une bonne partie d’entre eux n’a pas pu respecter les échéances de paiement – l’achat d’un Panda engendre des crédits mensuels de plus d’un tiers de leurs salaires. Je connais par exemple une vielle dame qui a pu acheter le téléviseur si convoité uniquement car elle était convaincue qu’elle sera morte avant d’avoir fini de le payer.

L’inquiétude face à l’énorme dette monétaire envers l’Etat a finalement remplacé l’idée d’être les bénéficiaires de telles aubaines. Ils ont cru à un privilège, or ils n’étaient que tributaires d’une erreur. Le mécanisme qui les a récompensé dans le passé est le même qui nous empêche aujourd’hui d’acheter de l’électroménager sans devoir sortir de la monnaie convertible, ou sans avoir derrière soi une trajectoire politique déterminée.

*Asignación – terme official employé pour nommer le mécanisme bureaucratique qui donne le droit d’acheter un bien. Ce bien est dit « subventionné », car il peut être payé avec des pesos cubains – la monnaie avec laquelle les salariés sont payés par l’Etat. (Note de traduction).

Traduit pas Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

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