Pluri-emploi et mono-salaire

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Tu passes ta vie à désirer le gâteau perçu derrière la vitrine. Mais quand tu es finalement invité à t’en servir autant que tu voudras, tu n’as plus d’appétit. L’autorisation du pluri-emploi ne faisait plus partie de notre liste de demandes populaires depuis bien longtemps, son impossibilité étant vue comme définitive. Il vient d’être accepté, mais à un moment où on a du mal à déterminer s’il s’agit d’une avancée ou d’un geste de désespoir.

En lisant le texte de la Note Oficielle parue sur le Granma, j’ai été agréablement surprise par le fait que les lycéens et les étudiants ont désormais la permission de travailler pour gagner un salaire, tout en conservant leurs droits à leur formation. Cinq ans d’études pendant lesquels on ne pouvait pas travailler et avoir un petit revenu décourageaient beaucoup de jeunes de rentrer à l’université. Nombreux étant ceux qui n’avaient pas une famille capable de prendre en charge leur alimentation, leur habillement et leur transport pendant cette période. Et je sais bien de quoi je parle car pendant que je suivais mes études de philologie – et était déjà mère – je travaillais au noir comme guide de tourisme pour subvenir à nos besoins. C’est comme ça que j’ai pu obtenir le diplôme que je garde aujourd’hui dans le dernier tiroir du placard. Je connais pas mal de gens qui, jusqu’à hier, devaient faire la même chose, poussés par des raisons économiques à transgresser la loi ou à abandonner leurs études.

Cependant, l’acceptation du pluri-emploi est arrive bien tard – même si elle est toujours la bienvenue. Son principal obstacle est la précarité des salaires. Avoir deux occupations ne voudra pas dire vivre deux fois mieux, même pas un quart d’aisance en plus. Ce que le boulanger gagnera avec un travail de garde nocturne ne suffira pas à éloigner sa famille du marché noir, du détournement des ressources de l’État ou de l’émigration. Le problème n’est plus l’autorisation d’être employé à plusieurs postes, mais la quantité de produits qui peuvent être achetés avec la monnaie nationale qui est tellement dévaluée. Si les journées pouvaient avoir trois-cents heures, peut être que le pluri-emploi pourrait nous fournir le nécessaire pour vivre.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

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