Travailleurs sociaux : un corps d'intervention ephémère


Avec leurs pullovers rouges, ils sont apparus un jour dans mon quartier, pour faire l’inventaire des vieux réfrigérateurs nord-américains et des climatiseurs soviétiques. Ils arrivaient investis des pleins pouvoirs et un matin ils ont même débarqué dans les stations service pour une opération visant à en finir avec la vente illégale de carburant. C’étaient des jeunes qui n’avaient pas pu entrer à l’université et un plan –mis au point dans les plus hautes instances- les avait convertis en une troupe prête à accomplir n’importe quelle tâche, contre la promesse d’une place dans l’enseignement supérieur. On leur a affecté une dotation vestimentaire et ils ont commencé à se déplacer sur tout le pays, dans les autobus chinois récemment achetés, avec une allure flamboyante et qui en imposait. Leur autorité à intervenir dans n’importe quel lieu de travail et demander des comptes, faire un audit et même remplacer les employés leur valut le surnom inquiétant de « les enfants du Commandant ».
Certains se sont libérés de l’engagement de dix ans qu’ils avaient signé et pour eux la partie a été difficile et leur dossier est durablement marqué d’une tache noire. Ils changeaient les ampoules dans les rues de Caracas en même temps qu’ils contrôlaient les vendeuses d’un magasin en pesos convertibles. Ils étaient les nouveaux yeux du pouvoir parmi nous alors qu’ils appartenaient pourtant à la génération la plus touchée par la Période Spéciale, la dualité monétaire et la décomposition du mythe. Il devint ainsi habituel de les voir alterner le sans-gêne avec l’obéissance et les slogans avec les paroles de lassitude. Leur splendeur fut aussi courte que la toile du jean dont on les avait dotés au début de leur travail.
Aujourd’hui c’est à peine si on en entend parler. Bien que l’on n’ait pas annoncé que les travailleurs sociaux aient été démobilisés, il apparaît pour le moins qu’ils sont en manque d’activité. Il n’y a plus d’autocuiseurs électriques à distribuer, d’enquêtes sur l’opinion du peuple à réaliser, et il semble que l’on n’ait plus les moyens de garantir l’énorme infrastructure d’auberges, de repas et d’autobus qui soutenait leur activité. J’en rencontre rarement dans la rue, mais ceux que je vois n’ont plus cet air arrogant et n’exhibent plus comme avant les poses d’appartenance à une élite.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

Publicités

Une réflexion au sujet de « Travailleurs sociaux : un corps d'intervention ephémère »

  1. Je viens de découvrir ce blog que je fais connaitre à mes amis qui ont de l’intérêt pour Cuba et il y en a plusieurs. Je fais partie des nombreux québécois qui sont des touristes à répétition à Cuba, ce n’est pas loin, prix raisonnable et les cubains si acceuillants. Mon mari et moi commencons à connaître un peu la vie des cubains, d’abord après avoir appris la base de la langue espagnole pour communiquer plus facilement et cherché des liens amicaux avec des cubains de l’île et d’autres qui vivent au Québec. Je trouve formidable l’ouverture et la connaissance de Cuba que le blog peut apporter, rien n’est plus désolant qu’un touriste qui revient de Cuba en disant  »ils n’ont rien mais ils sont si heureux , après tout ils ont le soleil et la mer », c’est ce qu’on tente de faire accroire aux touristes. Je comprend maintenant que ce que les cubains ont besoin pour s’en sortir, ce ne sont pas des armes mais des ordinateurs et beaucoup de gens de bonne volonté et ^prêt à parler, comme toi, pour qu’enfin tout soit étalé au grand jour. Bravo, continue et je suis certaine qu’un jour on entendra parler de toi car tu réaliseras de grandes choses pour ton pays qu’on sent que tu aimes passionnément.

Les commentaires sont fermés.