Reliques et souvenirs


Un lecteur de Generacion Y m’a envoyé un morceau du mur de Berlin. Le fragment de béton est arrivé jusqu’à moi, également enfermée dans certaines barrières, qui pour être intangibles n’en sont pas moins sévères. La pierre peinturlurée avec des restes de graffiti m’a suggéré une impossible collection de tout ce qui a contribué à séparer les Cubains. Selon les termes d’un écrivain latino-américain, ce serait le défilé des « choses, de toutes les choses » qui ont avivé la division et la crispation entre les habitants de cette île.
Je mettrais dans cette drôle d’accumulation d’objets, un tronçon du barbelé qui entoura pendant un temps les Unités Militaires d’Aide à la Production (UMAP) ; un éclat des fusées nucléaires placées sur notre terre et qui ont failli nous faire tous disparaître ; une de ces pages sur lesquelles des millions de gens ont signé –sans avoir la possibilité de marquer « non »- que le socialisme serait irrévocable et une écharde de ces bâtons qui ont fendu les têtes le 5 août 1994 sur l’avenue du Malecon de la Havane. Il manquerait une pièce importante à la collection si je n’y mettais pas aussi une coquille des œufs qui ont volé à l’occasion de l’exode du Mariel ; quelques millimètres de l’encre des informations et délations qui ont été nombreuses ces dernières années. Il n’existe pas de musée capable également d’abriter les personnes et les situations qui ont agi comme une grande barrière de brique et de ciment entre nous.
Chaque cubain pourrait dresser son propre répertoire des murs que nous avons encore. Il serait semble-t-il plus difficile d’établir la liste de ce qui nous unit, des possibles marteaux et pics avec lesquels nous abattrons les murs qui nous restent. C’est pour cela que le cadeau de ce commentateur habituel m’a fait plaisir, car j’ai l’impression que nos barrières et nos cloisonnements seront aussi un jour des pièces uniquement prisées par les collectionneurs des choses passées.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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