Adieu "muchachos", "compañeros" de ma vie


Il est des mots qui durent un temps, d’autres qui arrivent à survivre aux modes pour rester dans notre quotidien. La présence disproportionnée de quelques vocables contraste avec la condamnation à l’oubli, de ceux qui ne sont plus mentionnés que pour évoquer le passé. Tous ces processus de rejet ou de rapprochement qui se passent dans nos têtes se vérifient dans le langage. C’est ainsi que la mort publique d’un homme politique commence lorsque les gens arrêtent de lui donner des surnoms ; la crise d’un idéal est démontrée si peu de gens y font référence, et la propagande idéologique décline quand personne ne répète plus ses slogans manichéens. Le langage peut valider ou enterrer n’importe quelle utopie.
Parmi les preuves linguistiques de notre désenchantement actuel, figure la disparition progressive du terme “compañero.” On utilise de moins en moins cette formule pour s’adresser à un ami de toute la vie ou à quelqu’un que l‘on rencontre pour la première fois. Les mots « monsieur », « madame » et « mademoiselle » étant bannis pour leur connotation « petite bourgeoise », d’autres mots étaient apparus, comme le terme importé « camarade », pour montrer une plus grande familiarité entre cubains. Cela pouvait donner des situations tragicomiques comme par exemple quand une personne appelait “compañero”, alors qu’elle avait plutôt envie de l’insulter, le bureaucrate qui l’avait fait attendre six heures pour un papier.
Pendant des années si on s’adressait à quelqu’un de façon différente du mot de passe promulgué par le parti on pouvait être pris pour un déviant idéologique. Nous étions tous « égaux » et même l’usage du « vous » avait disparu dans cette fausse familiarité qui dégénérait souvent en manque de respect. Lorsque l’île s’est ouverte au tourisme une des premières leçons qu’ont apprise les employés des hôtels a été de reprendre l’usage du stigmatisé « monsieur » pour s’adresser aux clients. Peu à peu les appellations du passé récent n’ont plus appartenu qu’au vocabulaire des plus fidèles, des plus vieux. Ainsi entre les milliers de saluts utilisés dans nos rues –frère, mec, holà, partenaire, ami ou simplement « pssst » -on entend de moins en moins fréquemment les syllabes sonores du mot “compañero.”
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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2 réflexions au sujet de « Adieu "muchachos", "compañeros" de ma vie »

  1. Si certains mots suivent effectivement des modes, sont « bannis » pour leur connotation qui peut déplaire ou déranger,… il n’en demeure pas moins, comme Yoani l’écrit, que « le langage peut valider ou enterrer n’importe quelle utopie » car une langue appartient à son peuple et que tôt ou tard il se la réapproprie toujours. En particulier quand elle lui a été confisquée de force.

  2. YOANIS?YO ME LLAMO IGOR LEON Y MIS PAPELES SOY FRANCES.PERDONA NO ESCRIBIR TAN ELOCUENTE Y BIEN COMO TU;TU BLOK?ES UN NOTICIEO EXTREMADAMENTE,real;yo vivi en cuba desde 1962.y hoy tengo ya 50.Y QUIERA O NO TODOS ESO ANOS.ALLA SON TAMBIEN?MI INFANCIA ENTRE EL CIRCULO INFANTIL /LOS ZAPATICOS DE ROSA/LA PRIMARIA RENATO GUITARD/DESPUES ENTRE EN LA VOCACIONAL LENIN GRADUACION 73 79.DESPUES CIERTAS UTOPIAS ME DIERON CAMINOS SUPUESTOS CONFIDENCIALES.HASTA 1987 .EN QUE REGRESE A PARIS.DESDE ENTONCES NO SOY NI IZQUIERDA.NI DE DERECHA.TENGO TRES HIJOS Y REALIZO DOCUMENTALES.OBSECIONADO POR NUESTRA ISLA.SI DESEAS PODRE ESCRIBIRTE MAS.SOLO SI TE PARECE,QUE PUEDA APORTA OPINIONES.TODO ESTO PORQUE UNO DE PRIMEROS DOCUMENTALE SE LLAMA ADIOS MUCHACHOS.DE 1991 Y PREMIADO EN EL FESTIVAL DE VENECIA.POR LO DEMAS MI MODO DE EXPRESION ES LA IMAGEN.BUENO PERMITE DECIRTE QUE TU ESPOSO ES REALMENTE UN DIAMANTE PARA TI.TU HIJO SABRA QUE CADA UNO DE NOSOTROS HACEMOS LO QUE PODEMOS.TE AGRADECERIA UNA RESPUESTA .SALUDOS IGOR LEON ARATANKARAKACHIAN.ARMENIO CUBANO FRANCES.

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