Affaire de maçons






Il est si facile de finir en prison, si court est le chemin qui conduit en cellule, que nous sommes tous des inculpés en puissance que guettent les centres pénitentiaires. Un morceau de viande de bœuf acheté sur le marché noir, deux sacs de ciments obtenus auprès d’un vendeur irrégulier, une feuille de papier imprimée et distribuée dans un groupe d’amis, ou une réunion en cachette pour parler de l’avenir, pourraient nous conduire dans ces prisons au plafond bas, colonnes de béton et photos de martyres dans le réfectoire. La liberté est généralement considérée comme un concept abstrait de représentation ou de définition difficile, un sujet de philosophes ; la prison en revanche est une affaire de maçons, de fondeurs et de serruriers. Il est donc facile de construire une prison, plus difficile de tracer les contours de la liberté.

PS : Je joins quelques photos des murs qui entourent la prison de Canaleta à Ciego de Avila. Plusieurs de mes amis sont là, en majorité des journalistes indépendants enfermés depuis le printemps 2003. Certains dictent des nouvelles par téléphone à des blogueurs –comme Claudia Cadelo, Iván García, Reinaldo Escobar et moi-même-  pour que nous les mettions sur internet. Ceci m’amène à penser qu’aucune grille ne peut enfermer l’opinion et que le cyberespace a aussi la capacité de se faufiler entre les briques et le mortier de ces endroits lugubres.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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3 réflexions au sujet de « Affaire de maçons »

  1. Comment se fait il que Reporter sans frontiéres entre autres ne parle plus des journalistes ou intellectuels emprisonnés à Cuba?

  2. Merci pour ces images. Je suis déjà allée à Ciego de Avila. J’aimerais lire sur la vie actuelle des prisonniers journalistes ou politiques. Ce que j’en sais remonte aux 20 ans de prison d’Huber Matos et le journaliste enprisonné pour 17 ans, qui a écrit le litre intitulé du nom d’un autre prisonnier , je crois que c’est Boitel Vite ou quelque chose comme ça, je cherche le nom exact et je reviendrai. Pour Benoit, Reporter sans Frontieres ne s’intéresse plus à Cuba et n’a pas l’accès facile, car officiellement, c’est rare que meme le peuple est au courant de l’emprisonnement de ses journalistes. Cuba est un pays ignoré ou presque sauf quand Fidel fait son spectacle.

  3. Merci Giselle pour ces renseignements. Je suis peut être un peu naïf mais j’ai du mal à comprendre que personne ne puisse faire du bruit autour de tout celà. Quoiqu’il en soit je vois que tout continue comme avant à Cuba rien ne change! Merci en tout cas à Yoani pour ces infos.

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