La faute de la victime

Après une agression, certaines personnes atteintes de myopie accusent la propre victime de ce qui lui est arrivé. S’il s’agit d’une femme qui a été violée, il s’en trouvera pour dire que sa jupe était très courte et qu’elle avait un déhanchement provocant. S’il s’agit d’un vol, certains feront valoir que le sac à main voyant ou l’éclat des boucles d’oreilles ont éveillé la convoitise du délinquant. Dans le cas où une personne aurait été objet de répression, alors ne manqueront pas ceux qui allègueront que l’imprudence a été la cause d’une réplique aussi « énergique ». Devant de telles attitudes la victime se sent doublement agressée.
Les dizaines d’yeux qui ont vu comment Orlando et moi-même avons été traînés sous les coups dans une voiture préfèreraient ne pas témoigner, se mettant ainsi du côté du criminel.
Le médecin qui ne relève pas un acte de maltraitance physique parce qu’il a déjà été averti que dans ce « cas » il ne doit rester aucun document de preuve des lésions subies, viole le serment d’Hippocrate et fait un clin d’oeil complice au coupable. Ceux pour qui il devrait y avoir davantage d’ecchymoses et même des fractures pour commencer à ressentir de la compassion pour la victime, non seulement ne mesurent pas la douleur, mais disent à l’agresseur « tu devrais laisser davantage de traces, tu devrais être plus énergique ».
Ils ne manquent pas non plus ceux qui vont prétendre que la victime s’est auto-infligé les blessures, ceux qui ne veulent pas entendre les cris et les lamentations à côté d’eux mais qui les font ressortir et les publient lorsqu’ils se produisent à des milliers de kilomètres, sous une autre idéologie, sous un autre gouvernement. Ce sont les mêmes incrédules qui pensent que l’UMAP* a été un camp divertissant, combinant préparation militaire et travail aux champs. Ceux qui croient encore qu’avoir fusillé trois hommes** est justifié s’il s’agit de préserver le socialisme et que lorsqu’on frappe un anticonformiste c’est parce-que celui-ci l’a bien cherché avec ses critiques. Les éternels justificateurs de la violence ne sont convaincus par aucune preuve, pas même par les trois mots « requiescat in pace » gravés sur un marbre blanc. Pour eux la victime est responsable, et l’agresseur n’est que l’exécutant d’une leçon bien méritée, le simple correcteur de nos déviances.
Bref bulletin de santé :
Je me remets des lésions physiques, suites de la séquestration de vendredi dernier. Les ecchymoses disparaissent et actuellement c’est une douleur poignante dans la zone lombaire qui me gêne le plus et m’oblige à me servir d’une béquille. Hier soir je suis allée à la polyclinique et ils m’ont donné un traitement contre la douleur et l’inflammation. Rien que ma jeunesse et ma bonne santé ne me permettent de surmonter. Par chance le coup que je me suis donné lorsqu’ils ont cogné ma tête contre le plancher de la voiture n’a pas affecté mon œil mais seulement la pommette et l’arcade sourcilière. J’espère récupérer en quelques jours.
(note de l’éditeur : article dicté par téléphone)
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

*UMAP : Unités Militaires d’Aide à la Production instituées en 1965

**Référence à Lorenzo Copello, Barbaro Sevilla et Jorge Martinez exécutés en 2003 pour actes graves de terrorisme

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Une réflexion au sujet de « La faute de la victime »

  1. *UMAP : Unités Militaires d’Aide à la Production instituées en 1965

    **Référence à Lorenzo Copello, Barbaro Sevilla et Jorge Martinez

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