Êtres de l’ombre

Après ce qui s’est passé vendredi dernier, j’ai décidé d’exposer en plein jour une série de photos des personnes qui me surveillent et me harcèlent.

Ma relation avec le cinéma a toujours été celle d’un fauteuil dans la pénombre d’une salle où l’on entend le son d’un vieux projecteur. Elle est restée comme ça jusqu’au moment où j’ai commencé à vivre mon propre film, une espèce de thriller de persécuteurs et persécutés, dans lequel c’était à mon tour d’échapper et de me cacher. La raison de ce changement soudain, de spectatrice à protagoniste, a été ce blog, placé dans ce large espace si peu abordé par le cinéma qu’est l’Internet. Je me suis réveillée il y a deux ans avec l’envie d’écrire le vrai scénario de mes journées, et plus la comédie à l’eau de rose des médias officiels. Au lieu de regarder les films, je suis passée de l’autre côté de l’écran.

J’ai des doutes si un jour je verrai se refermer le rideau de velours et sortirai vivante du cinéma. Le long long-métrage que nous vivons depuis plusieurs décennies à Cuba ne semble pas proche du générique et de l’heure de rallumer la salle. Cependant, les spectateurs n’ont pas l’air très intéressés par ce film interminable montré par les projectionnistes officiels. Certains semblent plutôt captivés par la vision de ceux qui tiennent un blog ou prennent une page blanche pour y enregistrer leurs interrogations, frustrations ou joies de citoyens.

En me prenant pour Kubrick ou Tarantino, j’ai commencé à laisser un témoignage à propos de ces créatures qui nous surveillent et qui nous harcèlent. Des êtres de l’ombre qui, comme des vampires, se nourrissent de notre joie humaine, nous inoculent la peur par les coups, la menace, le chantage. Des individus préparés à la coercition qui n’ont pas su prévoir leur transformation en chasseurs chassés, en visages attrapés par la caméra, le téléphone portable ou la rétine curieuse d’un citoyen. Habitués à accumuler des preuves pour nourrir ce dossier que nous avons tous dans un tiroir, dans un bureau quelconque, ils sont surpris que ce soit nous qui faisons maintenant l’inventaire de leurs gestes, des leurs yeux, et recueillons méticuleusement leurs abus.

acosadores_acosados

apostados_abajo

cara_tapadacazador_cazado

cazadores_cazadosvigilantes

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

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6 réflexions au sujet de « Êtres de l’ombre »

  1. ouahhh, super, c’est formidable, et alors? la vie c’est pas seulement filmer et prendre des photos de ceux qui nous surveillent, pour ma part, j’ai pas que ça à faire et j’ai des millions de personne qui regarde ce que je fais sur internet, allez ma chère petite, persévères et surtout va à la plage comme les autres cubains, cela te changera, tu prendras des couleurs comme la majorité des Cubains et en plus tu te feras moins de stress à écrire sur les problèmes de la vie… la vie est courte, il est temps de faire des enfants, des beaux petits cubains bien lindos…

    SALUDOS A TODOS…

  2. Comme par hasard, ceux qui s’attribuent le droit de dire à Yoani ce qu’elle doit faire, c’est ceux qui veulent qu’elle arrête d’écrire et de dénoncer… Elle devrait peut-être aussi dire merci à papa Castro pour avoir le soleil et la plage… ? ;-)

  3. pipanito

    Vous êtes un matcho FINI et IMBÉCILE.
    Les femmes ne sont pas des bêtes mais des HUMAINS comme les hommes.

  4. On peut toujours fabriquer des opposants, c’est même la spécialité US… Et surtout, donne t on la parole à tous ceux qui vivent heureux à Cuba ? Voir sur « Réseau Voltaire » ce qui est révélé sur ce site…
    Vous fatiguez pas à répondre les insanités habituelles, je ne fais que passer (et ne vous lirais donc pas), curieux de voir si les Goebels avaient fait des émules… J’ai la réponse, les USA, ce n’est que du baratin, comme leurs séries b. La petite cubaine gagne un peu de fric avec ça, c’est déjà pas si mal.

  5. US, US, US… Est-ce que les supporteurs de la dictature castriste n’ont pas d’autre « argument » ? Soyez un peu plus original, s’il vous plaît !
    On est en 2009, pas en 1959, vous n’avez pas remarqué ?

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