Promesses

Un ami m’a juré il y a dix ans qu’il ne retournerait plus à la plage tant qu’il ne pourrait pas se payer – à proximité du sable- une bière en monnaie nationale. Ses mollets tout blancs me confirment qu’il n’est pas allé à la mer depuis une décennie, et qu’il attend toujours une Cristal payée avec son propre salaire. La voisine du coin de la rue avait donné sa parole de ne pas se couper les cheveux avant une certaine date depuis longtemps rêvée par beaucoup de cubains. Les poux lui ont fait rompre son engagement –au début des années quatre-vingt dix- alors que sa chevelure atteignait le niveau de sa ceinture. Récemment elle a changé de stratégie et mis un verre d’eau sur l’armoire ; et elle ne l’enlèvera que lorsque ses fils exilés pourront revenir vivre près d’elle.
Des maisons de bois miniature sont posées sur une tombe dans le cimetière de la Havane. Elles sont l’expression matérielle de ces demandes faites à la Vierge Miraculeuse pour que celle-ci donne un toit à ceux qui veulent s’échapper de la maison paternelle ou de l’hôtel collectif bondé. A côté de ces miniatures il y a des jouets d’avions et de bateaux pour atteindre le rêve de sauter de l’insularité à un monde de taille normale. Dans la même nécropole, mais côté sud, se trouve le panthéon de la célèbre medium qui incarnait l’esprit de Tà José. Un coq –avec la tête coupée sur place- lui fut offert par ce jeune qui est finalement parvenu à trouver un emploi recherché dans une entreprise étrangère.
D’autres attendent le miracle d’un permis de sortie, de la libération d’un prisonnier politique ou d’une licence pour ouvrir un petit restaurant. Cette île paraît être celle des choses impossibles, la terre des promesses à satisfaire, le pays des offrandes retenues jusqu’à ce que se produise ce qui est demandé. Moi-même, je me suis juré de ne pas arrêter d’écrire car chacune de mes lignes est la prière de celui qui n’en peut plus, de celui qui s’est déjà laissé pousser les cheveux, qui a déposé son offrande sur le marbre, et qui a déjà vu s’évaporer plusieurs verres d’eau.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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3 réflexions au sujet de « Promesses »

  1. Témoignage d’une cubaine en France… Yoani on a besoin de toi ici, pas à Cuba!!!

    Une centaine de cars venus des huit départements de région parisienne ont déversé sous le soleil à partir de 10H00 des ribambelles d’enfants âgés de 6 à 12 ans, privés de vacances et pressés de vivre avec intensité jusque vers 16H30 leur seule et unique journée de plage.

    Dans les groupes de gamins, portant des casquettes de couleurs différentes selon le département, nombreux sont ceux qui découvrent la mer. Les remarques fusent en arrivant au Cap Cabourg : « T’as vu c’est du vrai sable, pas comme dans notre cité ! », « c’est super grand comme piscine ! », « elle s’arrête où l’eau ? », « elle est même pas bleue, c’est trop ouf ! ».

    A partir de 11H00, la baignade, dans de petits périmètres sécurisés commence par petits groupes. Les cris de joies et d’effroi mêlés des centaines de marmots sautant dans les vagues minuscules, tirent des larmes aux bénévoles comme aux passants, nombreux à s’attarder devant ce bout de plage si vivant.

    « Pour moi, cette journée est toujours une grande émotion », confie Roseline Guirado, qui encadre bénévolement les Journées des oubliés des vacances (JOV) depuis 10 ans. « On a l’impression de contribuer à réparer un peu de l’injustice qui frappe ces enfants ».

    Organisées depuis 1979, les JOV ont concerné en 2009 quelque 50.000 enfants à travers la France.

    Après avoir monté des tentes, amené eau, victuailles, livres et jeux pour les petits vacanciers d’un jour, des centaines de bénévoles les encadrent pour la baignade dans une eau à 19 degrés, les enduisent de crème, rajustent les casquettes vite jetées, modèrent les plus téméraires, construisent des châteaux de sable, animent des jeux, des ateliers solidaires…

    « Quelle énergie ! », s’enthousiasme Michèle Louvier, une vacancière admirative devant ce spectacle. « Dans ce cas précis, on a vraiment envie de faire des dons car on voit le résultat ».

    Un enfant sur trois n’est pas parti en vacances l’année passée, a rappelé Julien Lauprêtre, président du Secours populaire, redoutant que « cette année soit pire » en la matière. « La crise frappe durement les plus pauvres, tel un raz-de-marée de misère », a-t-il déploré. « Une journée à la plage c’est peu, mais le souvenir qu’en garde ces enfants est souvent indélébile ».

    « Je m’en souviendrai toute ma vie », confirme gravement Maeva, huit ans, venue de l’Essonne. « C’est un grand cadeau ! »

    A ses côtés, Jana, âgée de 10 ans, cherche méticuleusement des coquillages. « J’en veux un avec le bruit de la mer pour le ramener dans mon HLM », confie la fillette. « C’est surtout pour mon papa qui est tout le temps triste depuis qu’il a perdu son travail ».

  2. Eh oui, la CIA paie Y Sabchez pour faire douter les Cubains, pas les Français… Qui n’ont pas besoin d’elle pour comprendre que chez nous, la société à 2 vitesses est pire qu’à Cuba où au moins regne une certaine égalité et une vie plus naturelle.

  3. Où est l’égalité à Cuba? Entre le peuple peut-être, mais entre le peuple et le pouvoir, les fonctionnaires et les pistonnés! excusez moi mais je n’y crois pas un seul instant.

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