Nous étions si peu

La blogosphère cubaine, telle l’éternuement d’une grippe désirée, n’arrête pas de se propager. Elle ne ressemble plus à ce désert qui affichait tout au plus quelques pages signées de pseudos, en avril 2007, quand j’ai commencé Generación Y. J’ai arrêté de compter, car chaque semaine j’apprends la naissance d’au moins deux nouveaux espaces virtuels. Le blocage de plusieurs plateformes de bloggeurs et les attaques constantes n’ont servi qu’à faire muter le virus de l’opinion libre vers des formes plus complexes. L’ADN de l’expression citoyenne ne cédera pas devant des vaccins basées sur l’intimidation et la diffamation : il finira par nous infecter tous.

La pluralité de points de vues est le signe distinctif des lieux de discussion qui ont trouvé dans le cyberespace un endroit plus tolérant que la réalité. Je connais des sites de catharsis qui servent à palier l’accumulation de frustrations, tandis que d’autres se spécialisent dans les nouvelles voire dans la dénonciation. La palette va de  blogs aussi drôles que Cuba Fake News, jusqu’aux revues chargées d’articles comme Convivencia. Leurs auteurs peuvent être des anciens officiels de la contre-intelligence du Ministère de l’intérieur [lien] ou des journalistes bannis des éditoriaux officiels. Ce qui nous unit tous, c’est le besoin de nous exprimer et le désir pressant de mettre fin à un cycle de silence qui a duré trop longtemps.

Tel un faisceau d’électrons libres, cette blogosphère ne répond pas à une hiérarchie ni à des figures principales. Sa force réside dans l’impossibilité d’être décapité ou attrapée, puisqu’elle est insaisissable et qu’elle n’a pas besoin d’accords ni d’accréditation. Le temps de développer une stratégie pour la combattre, de se réunir au plus haut, de rédiger un rapport puis de faire descendre les directives vers ceux qui tenteront de mettre en place la censure, le nombre de ces sites aura doublé sur l’île. Quand ils commenceront seulement à comprendre de ce dont il s’agit réellement et comment proposer un antidote, la fièvre bloggeuse aura fait battre les tempes des milliers de cubains.

Traduit par Susana GORDILLO et Pierre HABERER.

Advertisements