Une île en excédent de bagages

Dépourvus de toute protection, les Cubains entrent par la Douane Générale de la République où on leur fait payer le prix de leur retour. Une marque à la craie sur la valise indique ceux qui doivent passer sous l’échafaud de l’imposition et subir le hold-up institutionnel de la taxation de certaines marchandises. Curieusement, les employés de l’aéroport ont l’odorat fin pour détecter les nationaux qui reviennent, car ils savent qu’ils sont chargés d’objets variés et incroyables. A l’extérieur, dans la salle d’attente, les familles rêvent d’embrasser leurs émigrés et fantasment sur les possibles cadeaux, pendant que l’on pèse les bagages du voyageur et qu’on lui présente une facture élevée qu’il est obligé de payer.
On pourrait logiquement penser que dans un pays où manquent tellement de produits et de ressources, l’organisation douanière devrait être flexible sur les importions à caractère personnel ; mais il n’en est pas ainsi. C’est plutôt l’autre extrême que nous vivons, avec une « liste d’évaluation interne » rigoureuse, qui oblige à repayer le contenu des valises, que celles-ci contiennent un savon, une boîte de sardines ou un ordinateur portable. Tout se complique s’il arrive au visiteur ravi de rapporter un appareil ménager ou un appareil photo numérique pour ses parents. S’il veut faire entrer ces attributs de la modernité il devra sortir de sa poche une somme comprise entre 10 et 80 pesos convertibles. Ce qui revient payer une rançon aux « kidnappeurs » de ce qui vient de l’étranger, pour que le bagage puisse parvenir entre les mains de ses destinataires.
Telle une industrie du cambriolage, les douanes cubaines augmentent chaque jour le nombre des confiscations, en plus d’encaisser des milliers de dollars sous couvert de taxes. Leurs immenses entrepôts sont remplis de sèche cheveux, de play-stations, de réchauds électriques et d’ordinateurs transportés par les passagers. La destination de ces marchandises n’est jamais précisée, mais nous savons tous qu’elles prennent le chemin vert olive de beaucoup d’autres. L’île devrait, si nous nous référions aux restrictions à l’entrée, crouler sous l’abondance et la prospérité. Mais nous savons tous, qu’en réalité, ses cent onze mille kilomètres carrés sont sur le point de partir à vau l’eau, dans le laisser-aller imposé par le manque de productivité et les diverses carences.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

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3 réflexions au sujet de « Une île en excédent de bagages »

  1. Est ce que les colis venant de l’extérieur par la poste sont toujours fouillés ou volés. Sinon que peut on envoyer ou ramener sans risque, n’étant pas Cubain?

  2. « une rançon aux kidnappeurs »

    Comme d’hab, Yoani a trouvé le mot juste. J’aurais parlé de vol institutionnalisé, mais c’est moins élégant… Benoît, c’est n’est pas une bonne idée d’envoyer quoi que ce soit à Cuba. Tu n’a aucune garantie contre le vol (très fréquent). Par contre, les étrangers sont mieux respectés à la Douane. L’acharnement, c’est des cubains contre les cubains. C’est ça le pire de mon pays.

  3. j’ai pu, par l’intermédiaire de connaissances françaises partant à CUBA, faire parvenir un ordinateur portable à bonne destination. Ils ont franchi la douane sans problème.

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