A partir de la reconnaissance

Si j’avais fait appel aux services d’une agence de promotion ou à un habile publicitaire pour faire connaître le travail des blogueurs alternatifs, nous n’aurions probablement pas atteint une reconnaissance aussi forte dans le pays, que celle obtenue grâce à l’émission sur la « guerre cybernétique » diffusée lundi dernier sur la télé officielle. Le résultat palpable est que mon téléphone n’arrête pas de sonner et que je suis aphone à force de répondre aux gens qui viennent me témoigner leur solidarité. Mes lunettes de soleil, grandes comme des yeux de chouette ne suffisent pas pour me camoufler et passer inaperçue dans ma ville. A chaque pas les gens m’accostent dans la rue, m’apportent leurs mots d’encouragement et même me serrent dans leurs bras jusqu’à me couper la respiration.

Que se passe-t-il sur cette île pour que les victimes des « lapidations » des insultes officielles soient soudain courtisées ? Où est passée l’époque où un grief prononcé dans les media officiels signifiait des années d’ostracisme et de diabolisation. Quand la colère immédiate contre les victimes de calomnies s’est-elle dissoute, quand le coup de poing direct au visage du stigmatisé s’est-il retenu? Je jure que je n’étais pas préparé à ça. Je m’imaginais que 24 heures après  le chapelet de mensonges proférés dans cette parodie de Big Brother tous s’écarteraient et tourneraient leur regard vers la toile d’araignée sur le mur quand je passerais à côté d’eux. Les choses se sont pourtant passées différemment : le clin d’œil complice, la tape dans le dos, l’orgueil des voisins surpris que cette petite femme discrète et malingre qui habite au quatorzième étage puisse être l’ennemi public numéro un –au moins cette semaine- jusqu’à ce que revienne  la prochaine lapidation.

Je ne suis pas seule dans ce cas. Presque tous les autres blogueurs qui sont apparus en image et dont le nom a été cité dans le feuilleton du Ministère de l’Intérieur connaissent des situations semblables. Les vendeurs du marché agricole leur offrent un fruit au passage, et les chauffeurs de taxis leur disent « aujourd’hui c’est gratuit monsieur, c’est pour la maison ». Si les scénaristes de ce tribunal télévisuel avaient prévu une telle réaction populaire, je crois qu’ils se seraient abstenus de montrer nos visages à la télé. Mais c’est trop tard. Le mot blog est maintenant irrémédiablement attaché à nos visages, collé à notre peau, associé à nos gestes, relié aux inquiétudes populaires et il est devenu synonyme de cette zone interdite de la réalité qui est chaque jour plus magnétique et plus admirée.

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

Une réflexion au sujet de « A partir de la reconnaissance »

  1. Que se passe t’il à Cuba? serait ce une infime lueur d’ouverture? ou peut être vais je trop vite? on se met toujours à réver pour les Cubains.

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