Missiles de sucre

https://i2.wp.com/lageneraciony.com/wp-content/uploads/2013/07/image.jpg

Le congrès de l’Union des Journalistes de Cuba (UPEC) vient d’être contredit. Quelques jours seulement après la réunion des informateurs officiels, la réalité les a mis à l’épreuve … et ils ont échoué. Hier la nouvelle, selon laquelle on avait trouvé des missiles et d’autre matériel de guerre dans les soutes d’un navire battant  pavillon de Corée du Nord, faisait la une de beaucoup de journaux internationaux. Au Panama, là où les armes avaient été détectées, le président lui-même a relaté sur Twitter ce qui s’est réellement passé. Sachant que par les temps qui courent, il est presque impossible de censurer -pour la population nationale- un fait d’une telle importance, nous avons reçu aujourd’hui au réveil une courte note du Ministère des Relations Extérieures. Sur un ton autoritaire, il explique que ce type d’armement, « obsolète » mais fonctionnel, partait à destination de la péninsule coréenne pour être réparé. Il n’explique pas cependant pourquoi il était nécessaire selon lui de le dissimuler dans une cargaison de sucre.

A un moment où les journaux se permettent de donner des leçons sur le fait que les gouvernements ne doivent pas manier le secret comme ils l’entendent, il est pour le moins affligeant de voir la presse officielle cubaine se complaire dans le conformisme. Pendant qu’en Espagne plusieurs journaux ont mis en demeure le parti au pouvoir de publier les déclarations de son ex trésorier, aux Etats Unis le cas Snowden fait les premières pages et la Maison blanche se voit demander des explications sur les multiples atteintes à la vie privée des citoyens. Il est donc inconcevable que ce matin, le Ministère des Forces Armées à Cuba et son homologue des Relations Extérieures ne soient pas interpellés par les reporters et pressés de rendre des comptes. Où sont les journalistes ? Où sont ces professionnels des informations et de la parole, qui doivent obliger les gouvernants à faire des déclarations, les politiciens à ne pas nous abuser, les militaires à ne pas se comporter devant les citoyens comme s’ils étaient des enfants à qui on peut mentir en permanence ?

Que sont devenus les accords du congrès de l’UPEC, et leurs appels à abolir les obstacles, les silences et faire un travail d’information plus en phase avec la réalité ? Une courte note,  selon toute évidence pleine de contre-vérités, ne suffit pas pour expliquer l’action d’envoyer en cachette des armes à un pays que les Nations Unies elles-mêmes ont demandé de ne pas aider avec de la technologie de guerre. Ils ne vont pas nous convaincre de leur innocence au prétexte de l’ancienneté de l’armement en jeu ; ce qui sert à produire l’horreur n’est jamais complètement périmé. Mais, en tant que journalistes, la principale leçon à tirer de cette « crise des missiles de sucre » est que nous ne pouvons pas nous satisfaire de ce que les institutions s’expliquent à coups de notes brèves qui ne puissent être questionnées. Elles doivent parler, elles doivent donner des explications… beaucoup d’explications.

Traduction : Jean-Claude Marouby