Mandela : Apprendre à pardonner

https://i0.wp.com/lageneraciony.com/wp-content/uploads/2013/12/nelson_mandela.jpgParmi tout ce qu’on a raconté et que l’on va raconter sur Nelson Mandela, ce sont ses petites histoires qui me touchent le plus. Ses interminables journées à la prison de Robben Island,où la rancœur a cédé le pas à la lucidité. Une grille qui s’ouvrait, une petite fenêtre par où entrait un rayon de lumière, un oiseau qui chantait au loin. Dans ce lieu, Mandela a surmonté ses propres démons et a pu renoncer à la violence d’où il venait. Que de chemin parcouru entre la construction du bras armé « Umkhonto we Sizwe » et la transformation de soi en un parangon de la lutte pacifique ! Cette conversion, il ne l’a réalisée ni par convenance personnelle, ni par opportunisme politique mais de manière authentique, du plus profond de chacune des cellules de son être, comme devait le démontrer plus tard son action politique.

Né en 1918, Mandela a vécu un siècle de convulsions, de guerre froide et de leaders en quête de prestige, y compris aux dépens de leurs propres peuples. Il a connu une ère de grands noms et de petits citoyens, dans laquelle le « qui » était parfois plus important que le « quoi ». Il est resté longtemps catalogué comme « terroriste », pas seulement par le régime raciste sud-africain de cette période, mais aussi par les Nations Unies elles-mêmes. Une fois incarcéré, le prisonnier 466 a consacré son temps à méditer sur ce qu’il avait fait et sur quelle serait la meilleure voie pour que son pays sorte de l’exclusion et de la haine. Sa transformation personnelle a eu une influence déterminante sur la façon dont l’Apartheid a pu être démantelé.

Parmi tous ces chefs d’état accrochés au pouvoir pour plusieurs mandats ou plusieurs décennies, Mandela est resté seulement cinq ans Président de l’Afrique du Sud. L’homme du petit village de Mvezo a également eu la sagesse de comprendre que c’était dans la négociation et le dialogue, qu’une nation aussi éprouvée pouvait trouver la clé de son problème. C’est pourquoi parmi tous les instantanés de sa vie, tous les sourires esquissés ou les accolades échangées, je préfère garder l’image d’un prisonnier qui s’est découvert soi-même, derrière les barreaux. J’ai moins d’émotion à le voir recevoir le Prix Nobel de la Paix, qu’à l’imaginer traqué, affamé, endolori, avec cependant à l’esprit le pardon, la paix et la réconciliation.

A ta mémoire, Madiba !

Traduction Jean-Claude Marouby